La plupart des formes d'érosion
glaciaires que nous avons décrites dans les pages précédentes peuvent
être utilisées comme repèresmorphologiques permettant
de déterminer l'altitude de la surface des grands glaciers quaternaires.
Avant d'examiner en détail comment on peut utiliser dans ce but les divers repères morphologiques, il n'est peut-être pas inutile de présenter un exemple qui montrera sur un cas précis - l'altitude de surface du glacier du Guil, au-dessus du Château-Queyras - l'intérêt de cette méthode.
On se rendra pour cela sur la page Pertinence de la méthode d'utilisation des repères morphologiques
L'étude des formes d'érosion -- tout au moins celle
des formes majeures (auges,
épaulements, gradins de confluence, sillons rocheux, etc.) -- permet
d'aller plus loin, dans la distance et dans le temps, que celle des formes
de dépôts (moraines, terrasses fluvio-glaciaires,
etc), qui, en montagne, franchissent rarement les interglaciaires.
Cependant, les formes de dépôts présentent parfois
l'intérêt de permettre des datations.
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Les auges
glaciaires et leurs rebords fournissent
- lorsqu'ils sont clairement identifiables dans les paysages - des indications
très utiles sur le niveau atteint par les glaciers.
Toutefois, dans le domaine couvert par cette étude, rares sont les vallées qui
présentent une auge classique sur une certaine longueur (tel le Grésivaudan,
par exemple).
En général, le profil en travers glaciaire
typique, en auge ou en V,
dont le bas des versants, plus ou moins incliné selon la dureté de la roche,
est surmonté d'épaulements en pente plus douce,
ne s'observe que sur de courtes sections de la vallée, sur des contreforts descendus des sommets
qui dominent la vallée.
Ainsi, rive droite de l'Eau d'Olle, entre Allemont
et le Rivier, le profil glaciaire typique ne se
rencontre que rive droite, versant Belledonne et
non tout le long de la vallée.
Revoir la vallée de l'Eau d'Olle
Le point le plus important, que nous soulignerons à nouveau
- car il n'est pas admis par tous - est qu'au pléniglaciaire la surface du glacier
s'établissait au-dessus du sommet des épaulement, ainsi que le prouve
la présence
fréquente sur ceux-ci de stries, de roches moutonnées, de dépôts morainiques, et de sillons
marginaux.
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On notera cependant que les gradins de confluence,
formes typiquement glaciaires, n'ont pratiquement pas été retouchés
pendant les interglaciaires, au cours desquelles l'érosion fluviale
et torrentielle s'est bornée à les entailler de gorges de raccordement.
Cela nous paraît démontrer le rôle de premier plan joué par l'érosion glaciaire dans le modelé des vallées alpines. |
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La haute vallée
de la Romanche, en amont de La
Grave, était occupée par un glacier qui s'élevait jusqu'au trait
tireté bleu. Sous cette ligne, tout ce versant de la Pointe
Nérot a été modelé en roches moutonnées
par l'érosion glaciaire, alors que, plus
haut, les roches sont déchiquetées par l'effet des cycles gel/dégel périglaciaires. La flèche bleue indique le cheminement du glacier. Photo prise depuis la route du col du Lautaret. |
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Il en est de même
pour la Croupe, qui lui fait suite vers l'aval. Ce dernier site, à 2600 m d'altitude, figure sous le repère R4 parmi les sites de la Romanche. |
En réalité les lignes bleues des illustrations ci-dessus
correspondent à la trimline des auteurs
anglo-saxons, c'est-à-dire à la ligne qui joint les sommets des zones de roches
moutonnées (ou qui se situe à la partie haute des liserés
plus clairs qui existent parfois à la base des parois et dont nous
parlerons ci-dessous), ligne qui marque la frontière entre les actions glaciaires
et périglaciaires.
La surface du glacier au maximum de la glaciation (pléniglaciaire)
s'élevait un peu au dessus de cette trimline car les roches
moutonnées ne peuvent prendre naissance que sous une certaine épaisseur
de glace.
La valeur exacte de celle-ci est inconnue, mais on peut l'estimer à quelques
dizaines de mètres [Florineth et Schlüchter,
1998].
Dans notre étude, nous avons retenu le chiffre de 50
m.
Les
surfaces jadis recouvertes par un glacier peuvent également se reconnaître
fréquemment à la teinte plus claire des roches,
là où elles ne sont pas masquées par des éboulis.
Dès 1799, De Saussure écrivait à propos des aiguilles
de Chamonix : « les feuillets extérieurs du
granit se sont culbutés d'eux-mêmes dans cet endroit et ont laissé à découvert
ceux du dedans, dont la couleur demeurera plus blanche que le reste de la
montagne jusqu'à ce que les injures de l'air et surtout les lichens qui s'y
attachent aient aussi bruni la surface »
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La limite supérieure
du liseré blanchatre définit la trimline
sur ce versant ouest du Petit Taillefer (Massif
du Taillefer, Isère).
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Les moraines latérales, dont les crêtes subsistent
parfois sur les flancs des vallées, sont de bons repères morphologiques. Mais,
par suite de l'érosion postglaciaire qui s'est exercée sur ces versants souvent
très inclinés, de telles formations sont rares dans les hautes vallées.
De plus, en dépit
de ce que l'on pourrait penser, les moraines latérales
ne fournissent pas toujours une valeur très exacte de l'altitude maximum
atteinte par le glacier.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer que celui-ci s'est élevé
parfois plus haut que leurs crêtes.
L'érosion
postglaciaire a tout d'abord pu abaisser quelque peu leur crête.
Puis, si l'épaisseur de la moraine est importante, on ne peut négliger
complètement les tassements qui ont pu survenir.
Mais surtout, il convient d'être
certain que la moraine est bien celle du maximum et qu'il n'a pas existé
au-dessus d'elle un autre appareil morainique ou un dépôt glaciaire
que l'érosion postglaciaire aurait fait disparaître.
C'est ainsi que la branche du glacier de l'Isère
qui pénétrait en Bièvre Valloire
et qui y a formé un vallum frontal s'est
étendue en réalité plus loin que celui-ci, ainsi que
le montre la présence de terrains glaciaires à l'aval de ce
vallum. On peut penser que l'extension maximum du glacier n'a pas duré
assez longtemps pour qu'un vallum frontal digne
de ce nom ait pu être formé. Ce que l'on a longtemps considéré
comme le vallum terminal du maximum serait en réalité celui
du premier stade de retrait.
La même remarque peut d'ailleurs être faite dans des vallées
affluentes de la rive droite de l'Isère entre
Grenoble et Voreppe.
La moraine latérale représentée ci-dessous date
du Riss et nous l'avons décrite plus en
détail à la page Les Dépôts
Glaciaires
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La diffluence qui,
au Riss, empruntait la vallée de Vaujany
(Isère) en franchissant le col du Sabot a
déposé, sous les Rochers Rissiou, une moraine
latérale. C'est le site des Rochers Motas
(E6) cité à la page Eau d'Olle. La flèche bleue montre le cheminement du glacier, les flèches blanches la crête de la moraine, alors que les flèches rouges suivent le tracé de trois éboulements postglaciaires qui l'ont détruite localement. En dessous de la moraine, les pentes présentent une couleur verte (il s'agit de myrtilliers, mais que cela reste entre nous !!), alors qu'au dessus d'elle, le flanc de la montagne est couvert d'éboulis . |
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A titre d'amusement,
j'ai demandé à mon programme de dessin de transposer en blanc la couleur
verte ,..... et voici le résultat, directement sorti de l'ordinateur.
Je me suis borné à rajouter quelques crevasses, "pour faire plus joli" ..... C'est une preuve par l'image - s'il en était besoin - que les moraines latérales permettent de retrouver la surface du glacier disparu. |
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Nous sommes ici
dans la vallée du Petit Tabuc, affluent de
la Guisane (Hautes-Alpes). C'est la haute montagne, le domaine des rochers, de la neige. Pour venir ici, notre sentier - plus d'ailleurs une simple trace qu'un vrai sentier - a traversé un immense éboulis, le Dégoulou (l'endroit des avalanches), sans aucune végétation. Et puis, soudain, la pente s'adoucit, se couvre de verdure. Aucune pierre n'émerge de la prairie, aussi incongrue, dans ce cadre sévère, qu'une oasis au milieu d'un désert de sable. De l'autre coté de la vallée, la Montagne des Agneaux (3664 m) et l'étroit Couloir Davin sont là pour nous rappeler que nous nous trouvons pourtant bien en altitude. Nous sommes aux Planes du Dégoulou sur un lambeau de terrain glaciaire que sa situation dans ce Il montre en effet l'importance de la chute de séracs qui, d'ici jusqu'au Monêtier-les-Bains, emplissait l'étroiture du Petit Tabuc (voir la carte des environs du Lautaret). Le sommet de l'épaulement des Planes cote 2490 m, au dessus d'un rebord d'auge à 2420 m. C'est le site DA11 de la page Durance. |
Enfin la végétation naturelle actuelle,
par ses associations végétales, fournit parfois des indications intéressantes,
par exemple dans le cas où des dépôts comportant des éléments siliceux recouvrent
un substratum calcaire.
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Pour vérifier la validité de cette méthode de détermination de l'altitude atteinte par les glaciers, voir la page
Pertinence de la méthode de détermination de l'altitude
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La surface du granite
s'érode plus rapidement que les veines de quartz
qui le sillonnent. Voici par exemple la surface d'une roche moutonnée dans la vallée de Bassiès (Pyrénées Ariégeoises). Sur la surface du granite, érodée par 10 000 ou 20 000 ans d'intempéries, les veines de quartz apparaissent en saillie de plus d'un cm. |
Il en va différemment des formes de dépôts,
telles que les moraines ou les sillons
vallonnés. Tout au long de cette étude, nous avons rencontré ou nous
rencontrerons des formes de dépôts parfaitement attribuables au Riss,
parfois même à des glaciations antérieures.
Enfin, les formes majeures, cirques,
vallées, mais aussi épaulements,
épaules et seuils glaciaires peuvent avoir été engendrées lors de glaciations très anciennes.
On pourra donc rencontrer, à proximité les unes des autres, des formes datant
de dizaines ou de centaines de milliers d'années, voire de plus d'un million
d'années.
L'interprétation de ces éléments qui peuvent parfois sembler contradictoires
n'est pas toujours facile ......
AUTRES APPLICATIONS
DE L'ANALYSE MORPHOLOGIQUE GLACIAIRE
Outre la détermination de l'altitude atteinte par les glaciers, l'analyse
morphologique permet de dater les dépôts et d'en préciser l'origine.
Deux exemples :