LA DIFFLUENCE DE MERDARET (Isère)
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L'examen de cette diffluence nous a permis de faire progresser quelque peu, pensons-nous, l'étude de la question importante suivante : « en dessous de quelle altitude apparaissaient, au maximum ou peu après le maximum du Würm, une quantité d'eaux glaciaires suffisante pour imprimer sa marque dans les paysages de nos montagne ? »

Les lecteurs pressés par le temps pourront se transporter sans plus tarder à la Conclusion qui figure à la fin de cette page mais, pour les autres, présentons pour commencer le théâtre de cette diffluence.


Le col de Merdaret est un large passage ouvert dans l'arête qui descend du massif des Sept Laux vers le nord en direction d'Allevard (Isère) et qui sépare donc la vallée de l'Isère - le Grésivaudan - de son affluent le Bréda, issu du massif des Sept Laux.


L'étude de cette région va nous amener à des conclusions dont l'intérêt dépasse largement son cadre géographique.

Elle abrite un certain nombre de sites caractéristiques, que nous avons rassemblés sur le tableau suivant.

SITES CARACTÉRISTIQUES PROCHES  DU COL DE MERDARET

(Extrait des tableaux des sites des affluents de l'Isère (repérés IA)

Rep
Site

Alt (m)

Alt glac (m)

Type
Nb

Larg (km)

Pente (%)

Dist (km)

Carte TOP25

Carte géol

Coordonnées WGS84
IA15

Crêt du Bœuf

1820
1940
RA
-
-
-
90
3433OT
Doméne
32T
268800
5018400
IA16
Montagne des Fanges
1940
1940
D
-
-
-
92
3433OT
Doméne
32T
267700
5017700
IA19
Verrou sous Chalet Merdaret
1719
1769
RM
-
-
-
63
3433OT
Doméne
32T
267500
5018900
IA20
Moraine sous Chalet Merdaret
1730
1730
D
-
-
-
63
3433OT
Doméne
32T
267200
5018550

Sur la figure suivante, nous avons reporté en bleu les repères de ces sites caractéristiques et en rouge l'altitude qu'ils permettent d'attribuer à la surface du glacier .



A ces sites caractéristiques classiques, il convient d'ajouter d'autres formes de relief assez inhabituelles et qui seront illustrées plus loin par des photos : nous parlons des broues ( banquettes doucement inclinées), mais surtout des ravines qui entaillent le versant ouest du col.
Ces ravines se révèlent particulièrement intéressantes, car, ainsi que nous le verrons plus loin, leur étude permet de répondre à une question d'intérêt général : « en dessous de quelle altitude les glaciers würmiens étaient-ils soumis à la fusion ? ».



Déterminer la cote de surface du glacier en utilisant les caractéristiques de ces sites peut sembler difficile, car ils se situent à des altitudes bien supérieures à celle atteinte par les glaciers würmien et rissien dans le Grésivaudan.
Quelles étaient en effet les altitudes de surface de ces grands appareils de vallée ?

Si nous cherchons à déterminer celle de l'appareil würmien de l'Isère par le travers du col de Merdaret - qui se situe à 63 km du vallum terminal würmien en suivant le talweg de l'Isère - le calcul, parfaitement applicable ici vu la grande largeur des vallées - fournit une valeur de 1322 m (vérification possible ici)
A des altitudes de cet ordre, aucune forme imputable aux actions glaciaires n'est visible dans le paysage. Les sites caractéristiques figurant sur le tableau se situent globalement 500 m plus haut !

Au Riss, le glacier de l'Isère, à 79 km de son vallum terminal, qui se situait 16 km en aval de son homologue würmien, s'élevait ici à 1510 m soit 190 m plus haut que celui-ci (on pourra le vérifier ici). Mais on est encore loin des altitudes des sites du Merdaret, toutes supérieures à 1700 m !

Les formes de relief glaciaire dans le voisinage du col ne peuvent donc être imputées à l'action des glaciers würmien ou rissien de l'Isère.

Cette morphologie s'explique toutefois très facilement si l'on fait intervenir une diffluence du glacier du Haut-Bréda par-dessus l'arête du Grand Rocher qui le séparait du Grésivaudan.

Le niveau des glaces versant Bréda était en effet très supérieur à celui atteint dans la vallée de l'Isère.

Pour le voir, plaçons-nous au Würm, puisque la carte géologique au 1/50 000 Doméne indique que, dans toute cette zone, les dépôts glaciaires datent de cette glaciation.

La distance du col de Merdaret au vallum terminal würmien du glacier de l'Isère en suivant le Grésivaudan , est, nous l'avons dit, de 63 km, alors qu'elle est de 91 km en empruntant le versant Bréda, compte tenu du long détour que le glacier effectuait par Allevard.

A cette distance de son vallum terminal, le calcul indique que le glacier würmien du Bréda se serait élevé ici à 1550 m si la formule était applicable dans la vallée du Bréda. Mais ce n'est pas le cas, du fait de sa faible largeur, bien inférieure à la valeur de 4 km au-delà duquel la formule est utilisable.
De plus, on est ici aux limites de la haute montagne, déjà dans le domaine des glaciers de cirque, en l'occurrence celui du Pleynet et ces glaciers présentent toujours, on le sait, une pente beaucoup plus accusée que les grands appareils de vallée.

Quelle pouvait donc être l'altitude de surface du glacier würmien à cet endroit ? C'est l'examen du relief et des dépôts environnants qui va nous fournir la réponse.

Les dépôts glaciaires les plus élevés signalés par la carte géologique sur l'arête nord-est de la Montagne des Fanges cotent 1940 m.
En confirmation, le rebord d'auge de l'épaulement du Crêt du Boeuf (IA15), à 1820 m, fournit également de son côté la même valeur de 1820 + 120 m = 1940 m.

Le glacier würmien du Haut Bréda envoyait donc, au maximum de la glaciation, par le col de Merdaret en direction du Grésivaudan, une diffluence épaisse de 150 m environ.



Cette diffluence a laissé des traces dans le vallon qui constitue le versant ouest du col de Merdaret.

Le vallon est barré par un verrou rocheux s'élevant à 1719 m (IA 19), à l'arrière duquel s'étend la prairie - un ancien lac comblé - sur laquelle sont construits les chalets du Merdaret.

On remarque également que l'un des versants porte trois banquettes inclinées, des broues.
Le verrou rocheux est couvert de roches moutonnées..........................................................


Enfin, une moraine parfaitement rectiligne (repérée IA20) s'étend - dans le dos du photographe - sur le flanc nord du Rocher de Monteynard. Horizontale et longue de 200 m, elle cote 1730 m.
L'altitude de la broue la plus élevée ainsi que la présence des roches moutonnées sur le verrou montrent qu'au pléniglaciaire, le glacier diffluent dominait d'une cinquantaine de mètres au moins la crête du verrou. Ce glacier descendait donc encore plus bas dans la vallée mais les éventuels dépôts qu'il a pu y laisser n'ont pu subsister sur des pentes aussi raides et ont été emportés par l'érosion.
L'ensemble constitué par la broue la plus élevée et la moraine rectiligne à 1730 m dessine bien le tracé de la diffluence, qui, au maximum du Würm, franchissait le verrou rocheux.

Un autre élément du paysage va nous permette de préciser ce point, en même temps qu'il va nous nous apporter un précieux renseignement : il s'agit de petits vallons secs, très caractéristiques, que nous appelons ravines de diffluence, qui descendent sur le côté ouest du col, versant Grésivaudan.
Un détour par la page correspondante les ravines de diffluence permettra de préciser le sens de ce terme.

Voici l'une de ces ravines, qui sont au nombre d'une demi-douzaine au total. ...........................
Les trois ravines les plus septentrionales de la série sont repérées 1 à 3 sur la photo ci-contre et sur la carte ci-dessous.
Elles prennent naissance à 1800 m d'altitude, au bord d'un "replat inférieur", ancien lac comblé.
Leur section en V permet de leur attribuer avec certitude une origine torrentielle.

Or, elles ne sont pas dominées par un bassin d'alimentation de taille suffisante pour avoir collecté un débit d'eaux météoriques appréciable.
En effet, les eaux météoriques provenant des pentes qui dominent le replat inférieur sont collectées dans un "replat supérieur" d'où elles s'écoulent selon les flèches bleues, dans un petit vallon 5, vers la vallée du Bréda .
La formation de ces ravines nous paraît donc imputable à l'action des eaux de fonte de la diffluence du glacier du Haut Bréda au-dessus de l'arête du col.
Les eaux glaciaires de ce glacier, circulant 100 à 150 m sous sa surface et empruntant le col, ont pu également jouer un certain rôle.


Photo non renseignée

Mais d'autre ravines strient la pente un peu plus au sud, en particulier, celle repérée 4 sur la photo précédente.

Vue de plus près, voici cette ravine 4.

Elle prend naissance vers 1880 m, sous l'arête de la Montagne des Fanges. Il s'agit, là aussi, d'une vallée sèche, de taille un peu plus importante que les précédentes, sans doute parce qu'elle n'a pas bénéficié de la protection offerte par le replat supérieur et qu'elle a été empruntée par la totalité des eaux provenant de la fonte de la glace franchissant l'épaule de la Montagne des Fanges.

Il nous semble alors possible d'envisager le film des événements suivant :
Au pléniglaciaire würmien, nous l'avons dit, le glacier du Haut Bréda (glacier du Pleynet) envoie, par le col de Merdaret, une diffluence qui dévale la pente versant Grésivaudan, au nord de la portion représentée par la carte ci-contre.
La surface du glacier s'élève ici à 1940 m environ.
Au cours de la phase suivante, pendant laquelle le début de la décrue glaciaire abaisse la surface de la glace, les eaux de fonte latérales gauches de la diffluence creusent la ravine 4.
Un peu plus tard encore, la glace s'abaisse à 1850 m environ et le front de la diffluence stagne un moment au niveau du replat inférieur.
C'est alors que l'écoulement de ses eaux de fonte creuse les ravines 1 à 3, cependant que s'assèche la ravine 4.
C'est cette position du glacier qui figure sur le croquis ci-contre.
Le glacier s'abaissant encore, les eaux empruntent alors le ravin 5 qui les fait rejoindre la vallée du Bréda.
Enfin, la diffluence a totalement cessé lorsque le niveau de la glace est descendu en dessous de 1800 m, fossilisant ainsi les ravines dans l'état où nous les trouvons à l'heure actuelle.



CONCLUSION

En conclusion, le fait le plus important, qu'il convient de souligner, réside dans le fait que ces ravines du col de Merdaret prennent naissance vers 1800 à 1880 m, prouvant ainsi que la fusion du glacier würmien était déjà alors intense à cette altitude, donc qu'elle commençait un peu plus haut.

Ce résultat conforte celui qui fait l'objet des pages

le Pas d'Anna Falque
et
les ravines glaciaires marginales




On peut se demander si, au maximum des glaciations, cette diffluence du glacier du Bréda rejoignait, 300 à 400 m plus bas, le glacier de vallée de l'Isère ? Il est difficile d'être affirmatif mais nous pensons toutefois que cela devait être le cas, au moins pour les glaciations plus importantes que le Würm, ainsi que nous le laissent supposer les grandes dimensions du vallon de Merdaret qui plonge sur Theys.
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas là un élément particulièrement important dans la formation du paysage du col de Merdaret.




Mais cette région nous réserve une dernière surprise.

Dans ce même versant ouest du col de Merdaret existent six épaulements, à des altitudes très supérieures à celle du glacier rissien du Grésivaudan et qui ne sont apparemment pas liés à la diffluence du glacier du Haut Bréda.
On ne peut manquer d'être frappé par l'altitude, exceptionnellement élevée, de ces épaulements aux formes très nettes. Tous conduisent à envisager l'occupation du Grésivaudan par un glacier de cote de surface voisine de 1900 m, soit 600 m au-dessus du Würm ou encore 400 m plus haut que le Riss.
Un pareil monstre a-t-il pu réellement exister ?

Cette question nous a paru suffisamment intéressante pour que nous lui consacrions une page spéciale: Les sites élevés du Grésivaudan.


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