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Le lecteur est en droit de se demander quel lien peut exister entre des paysages aussi différents : climat, relief, nature des roches, tout paraît les opposer. Et pourtant l'examen du relief des îles, plus exactement de celui des canaux (kanal en croate) qui les séparent, va nous permettre de comprendre certaines particularités des dépôts dans les lacs alpins.
Mais rappelons tout d'abord en deux mots ce qui constitue une particularité
assez curieuse des dépôts dans le lac du Beaumont
: leur quasi-horizontalité et l'absence aussi bien de formes
deltaïques que de chenalisations,
c'est-à-dire de formes obliques résultant des divagations de l'écoulement
responsable du dépôt. |
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Deux questions se posent alors, auxquelles nous allons tenter de répondre. 1 - Pourquoi une plaine littorale présente-elle une pente plus faible qu'une plaine alluviale ( 0,5 pour mille contre un à plusieurs pour cent)? On peut penser que la pente d'équilibre résulte en particulier de l'action des forces de frottement et de la gravité. Or, sous l'eau, les premiéres sont diminuées cependant que l'action de la gravité se voit amputée de la poussée d'Archiméde. Les deux facteurs, jouant dans le même sens, contribuent donc à l'obtention d'une pente plus faible sous l'eau qu'à l'air libre. On peut d'ailleurs remarquer qu'il en est de même lorsqu'on compare un talus d'éboulis à l'air libre ( pente de l'ordre de 41° ) à son homologue sous-marin, un dépôt deltaïque ( pente de 25 à 30° ). L'agitation de l'eau peut aussi contribuer à diminuer la pente des dépôts, de même qu'elle agit aussi très certainement pour éviter la formation des chenalisations. Mais nous ne pensons pas que ce facteur ait une grande importance, la pente du fond des canaux dalmates étant la même qu'ils soient ou non directement exposés à la houle du large. 2 - Les plaines littorales s'étendent entre - 50 et - 100 métres de profondeur environ. Par contre, plus prés de la surface, les pentes perdent leur belle régularité. et les fonds présentent une disposition plus classique : dépôts deltaïques et comblement fluviatile des rias remblayés. Pourquoi les plaines littorales ne se prolongent-elles pas jusqu'à la surface, ce qui, semble-t-il, devrait être le cas ? Une explication nous semble plausible, qui explique la divergence avec le schéma théorique de la stratigraphis séquentielle. Celui-ci suppose une variation à allure sinusoïdale de la remontée du niveau marin et une constance du débit des apports solides. Nous en sommes loin ici, en particulier en ce qui concerne ce dernier facteur. En effet, lors du dernier maximum glaciaire, à la fin du Würm, vers - 18 000 ans BP, à + ou - 2000 ans près, le niveau marin s'établissait à - 125 m environ. Puis le climat s'est réchauffé, pour atteindre, il y a 8 000 ans BP, à + ou - 1000 ans près, lors de l'optimum holocène, des caractéristiques légérement supérieures aux actuelles, avec un niveau des mers proche de celui de nos jours. ( Source : La France pendant les deux derniers extrêmes climatiques - ANDRA - 1999 ). Rappelons qu'une plaine littorale ne peut prendre naissance que si la vitesse de création de l'espace disponible est inférieure au débit des apports solides, lui-même fonction de la puissance de l'érosion. Or nous pensons que celle-ci a dû diminuer très sensiblement lorsque, les conditions glaciaires ayant pris fin la végétation a pu s'étendre à nouveau sur le continent, à une époque dont nous savons seulement qu'elle se situe entre - 18 000 et - 8 000 ans. Les apports des riviéres sont devenus insuffisants pour combler l'espace disponible créé, à chaque instant par la remontée du niveau marin. Les profondeurs ont alors augmenté, rendant possible l'établissement d'une sédimentation plus classique, avec des dépôts deltaïques dans les rias et à l'embouchure des riviéres ( ria comblé de la Cetina et delta de la Neretva par exemple ). La plaine littorale, sous 50 à 100 m d'eau, a ainsi pu se conserver jusqu'à nos jours. |
| ..... AVANT DE REVENIR DANS LES ALPES Franchissons
temps et distances et intéressons-nous aux dépôts du lac
du Beaumont. |
Ici également, on se trouve en présence d'un empilage de minces strates
sédimentaires, sensiblement paralléles ente elles et ne présentant,
ni talus deltaïques, ni chenalisations.
Et ici également, ces sédiments se sont déposés dans un bassin en subsidence,
donc dans des tranches d'eau de faible épaisseur, comme en fait foi
la présence, à la surface des bancs, de nombreuses rides
d'oscillation ( ripple marks ).
Il n'est donc pas surprenant d'observer une certaine convergence des
faciès, même si la nature des sédiments et leur age différent ( ceux
du Barrot datent du Permien
) et si les déformations tectoniques ulrérieures ne permettent pas de
connaître la pente de la surface originelle des dépôts.
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Ne pourrait-on également rapprocher quelque peu l'aspect de ces dépôts de celui de certains prismes d'accrétion observés dans les cas de subduction et dont la surface présente également une pente très faible, de 1 à 2 % ?
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En résumé,nous pensons que le faciés particulier des dépôts du lac du Beaumont est du au fait que le niveau du plan d'eau s'élevait au fur
et à mesure des apports de
sédiments. Nous proposons d'appeler ce type de sédimentation "dépôts par profondeur lentement croissante" |