Certains
glaciers de calotte présentent souvent,
par endroits, une forme d'écoulement remarquable : la glace y est animée
d'une vitesse d'avancement, 300 m/an à plusieurs km/an, nettement plus
importante que celle du reste du glacier. Ce sont là des ice
stream (M.R. Bennett, 2003).
Ces fleuves de glace de largeur kilométrique à plurikilométrique
s'écoulent entre des « rives » de glaces moins rapides
et leur glace basale est tempérée.
Les ice streams sont des phénomènes
permanents, ce qui les différencie des surges,
de durée très courte et qui, de plus, affectent des glaciers
de vallée.
Actuellement, les ice streams ne sont connus
que sur les calottes glaciaires du Groenland
et de l'Antarctique.
Mais il a été montré que la calotte
glaciaire fini-ordovicienne qui recouvrait le Sahara
présentait une dynamique d'écoulement de type «
ice stream » (J.-F.
Buoncristiani, 2006). Voir à ce sujet la page glaciations
anciennes.
Nous ne nous
étendrons pas sur ce phénomène, qui sort de notre propos.
Nous dirons simplement que les ice streams laissent
dans les paysages, après le retrait glaciaire, des formes d'érosion
originales.
Il s'agit en particulier de petits lacs très allongés (dans
le rapport de 10 à 1 par exemple) et de dépôts glaciaires
du type drumlins, aux "indices
d'étirement" (rapport de la longueur à la largeur) élevés.
Voici
une photo d'Admiralty Bay (Alaska)
(Cliché US NAVY), où sont visibles de nombreux lacs, .....
..... de même que sur celle-ci, représentant le delta du Mackenzie
(Territoires du Nord-Ouest, Canada).
Les
flèches blanches indiquent le tracé d'une route.
Toutefois, ces lacs ne présentent pas exactement les caractéristiques
ci-dessus et nous ne saurions dire s'ils ont été creusés
par des ice streams ou s'il agit de kettles.
LES SURGES
Les surges encore appelés foirages,
sont des phases d'accélération brutale d'un glacier
de vallée, durant lesquelles la vitesse d'écoulement
peut devenir énorme.
![]() |
Voici un glacier d'Alaska tourmenté par un surge. Image Google Earth |
Voici ce qu'a écrit sur les surges un
spécialiste du Svalbard (Spitzberg), Bernard
Lefauconnier Il existe un phénomène glaciaire passionnant
à étudier et à observer (si l'on est très chanceux).
Il s'agît des surges glaciaires. On reconnaîtra dans le nom la
racine du verbe surgir. Un glacier pendant le surge et pendant les quelques
années qui suivent présente certainement l'une des scènes
les plus spectaculaires et dramatiques que l'on puisse observer.
Il s'agît d'une accélération
brutale de la vitesse d'écoulement d'un glacier jusqu'à
100 fois sa vitesse normale.
La
glace foire littéralement sur son lit.
Ce phénomène
est particulièrement fréquent au Svalbard, en Alaska et en Islande.
Au Svalbard, il y a un surge glaciaire pratiquement tous les deux ou trois
ans.
La partie basse du glacier
(la zone d'ablation) est froide et, qui plus est, soudée au pergélisol.
La vitesse d'écoulement de la glace est limitée. Au contraire,
dans la partie haute, la glace tempérée a tendance a générer
des vitesses d'écoulement un peu plus élevées mais contraintes
par la partie basse. En outre les vitesses d'écoulement faibles ne
permettent pas à la glace accumulée dans le réservoir
supérieur de s'évacuer complètement vers le bas en zone
d'ablation, là où la fusion plus importante (à cause
d'une température plus élevée) va faire baisser la surface
du glacier.
Petit à petit, le profil en long du glacier va voir sa pente s'accentuer
et la pression augmenter.
Soudain, le blocage cède et le glacier accélère, parfois
de façon dramatique. La présence d'eau
liquide en zone d'accumulation va jouer un possible rôle de lubrifiant.
Le Kronebreen (Kongsfjord) a surgé en 1869 ou un peu avant et avancé
de plusieurs kilomètres dans la mer.
En 1935, l'Austfonna (Nordautslandet) a surgé, son front a avancé
de 20 km dans la mer sur un largeur de 30 km.
Il s'agît du plus grand
surgé jamais observé.
Le surge mobilise la masse de glace pendant plusieurs années mais l'avancée
principale s'effectue en moins d'un an, principalement au cours de l'été.
Ce glacier a pu ainsi avancer de plus de 100 m par jour.
En conséquence du surge, la surface de la glace s'effondre en zone
d'accumulation et
l'écoulement extensif de la glace est à l'origine de l'ouverture
de nombreuses crevasses.
La surface devient chaotique.
Pendant le surge et pendant
les années qui suivent, de nombreux isbergs sont produits. L'effondrement
dans le réservoir et son déplacement vers les zones plus basses
font que la zone d'accumulation diminue fortement de surface au profit de
la zone d'ablation. Brusquement les bilans de masse annuels seront beaucoup
plus faibles.
Après le surge le glacier
va connaître une période calme pendant laquelle petit à
petit la zone d'accumulation va s'élever à nouveau tandis que
la zone d'ablation va voir sa surface s'abaisser et le phénomène
va se reproduire après 50, 100 voire plusieurs centaines d'années.
Ce mécanisme n'est pas directement lié au climat.
Une présomption existe toutefois concernant un dépôt observé prés d'Izeaux
(Isère), dans la carrière Burdillon Rabatel.
Ce dépôt d'éléments au faciès
glaciaire, en
particulier porteurs de stries,
se situe à l'avant du vallum würmien
du glacier de l'Isère en Bièvre-Valloire
. Inclus dans des fluvio-glaciaires de cette glaciation,
ils lui appartiennent et n'ont donc pu être apportés que par des
blocs de glace charriés par un surge.
Une autre origine peut toutefois, nous semble-t-il, être envisagée
: les blocs de glace auraient pu être charriés lors d'une débâcle
d'un lac situé à l'amont par exemple le lac
du Trièves
On pourra voir à ce sujet la page Les
débâcles gigantesques
Les mêmes hypothéses - surge et débâcle
de lac - peuvent être formulées si l'on considére à
présent les kettles
de la terrasse de Vinay, en Basse Isère.