LES FORMES D'ABLATION MAJEURES :
LES VALLEES GLACIAIRES
78
PROFIL EN LONG
1 - LES VERROUS GLACIAIRES
La pente longitudinale d'une vallée glaciaire n'est pas constante et
présente le plus souvent des irrégularités tout à fait caractéristiques.
Parfois ce sont des bosses, les verrous glaciaires. « Un
verrou est une colline rocheuse, aux formes arrondies, obstruant en
partie la vallée glaciaire et constituée d'une roche suffisamment dure
pour que l'érosion sous-glaciaire, malgré sa puissance, n'ait pu la
faire disparaître » (Louis Reynaud).
À l'amont des verrons la vallée est surcreusée en dépression, occupée
en général par une plaine mais parfois par un lac, c'est un ombilic.
En effet, lorsqu'un glacier de vallée rencontre un obstacle au cours
de sa progression ( roche dure ou coude brutal de la vallée ), il le
façonne un verrou.
L'ombilic situé à l'amont du verrou et, quant à lui, creusé dans des roches plus tendres.
Il existe plusieurs types de verrous :
Certains d'entre eux se présentent sous forme d'un barrage complet de
la vallée, entaillé seulement par la gorge d'écoulement des eaux sous
glaciaires et postglaciaire.
Un exemple de verrou de ce type, celui de la
Sarenne.
 |
Un
verrou près de l'Alpe
d'Huez ( Isère ).
Le verrou de roche dure ( tracé en tiretés ) laisse passer la Sarenne. |
Les verrous de ce type constituent des sites privilégiés pour la construction de barrages hydrauliques ( Grande Dixence, Girotte ) ou de ponts.
 |
Le site du barrage
d'Emosson ( Valais,Suisse ) .
On distingue très bien (flèche ) l'épaulement
de la rive gauche. |
 |
Le pont du Châtelet sur la Haute
Ubaye, ( Alpes-de-Haute-Provence )
enjambe un canyon sous-glaciaire et postglaciaire ( photo prise de l'aval
).
En amont de ce verrou, le glacier a creusé un ombilic. |
D'autres verrous se composent d'une bosse rocheuse située
au milieu de la vallée et séparée des flancs de celle-ci par deux encoches,
l'une d'entre elles étant occupée par la rivière actuelle. Exemple : Château
Queyras ( Hautes-Alpes ).
 |
Château Queyras, vu de l'aval.
Le Guil coule dans la gorge indiquée
par une flèche blanche, alors que la flèche rouge désigne une encoche
nettement moins profonde, où passe la route.
Les verrous de ce type portent souvent des forteresses, comme c'est le cas ici. |
Troisième type de verrous, ceux qui comportent deux bosses et trois encoches, voire même plus.
 |
Le site de Briançon est effectivement plus compliqué.
Il comporte deux bosses :
2 : Fort du Château, dominant la Vieille
Ville
3 : Fort des Trois Têtes
En 1, le fort des Salettes et en 4 ( hors photo ) le fort du
Randouillet ne font pas partie d'une manière certaine des bosses du
verrou, car ils ne sont pas séparés des flancs de la vallée par des
encoches.
Les encoches donnent passage à :
- en 5 : la route de France en Italie par le col
du Montgenèvre
- en 6 : la Durance
Tant au Würm qu'au Riss,
les glaciers dépassaient de plusieurs centaines de mètres le sommet
des bosses.
|
Sion ( Valais ) et Bard ( Italie ) sont aussi des verrous glaciaires.
La palme de la complexité nous parait revenir à Suse ( Italie ).
À quelque type qu’ils appartiennent, les verrous sont souvent formés de
roches moutonnées.
UN RECOUPEMENT ENTRE THEORIE ET OBSERVATIONS
Il est classiquement admis que, dans le cas où il existe plusieurs encoches,
chacune d'elle correspond à un interglaciaire, celle occupée par la riviére
actuelle étant, évidemment, postwürmienne.
L'examen des verrous à encoches multiples corrobore le schéma de circulation
des eaux à l'intérieur du glacier, telle que nous l'avons déjà défini, en particulier
à la page
circulation
des eaux glaciaires.
En effet, si les eaux de fonte d'un glacier coulaient au fond du thalweg, le
verrou ne pourrait présenter qu'une seule encoche, puisque, tant pendant les
glaciations que pendant les interglaciaires, les eaux circuleraient à cet endroit.
Pour que, lors des interglaciaires, les eaux puissent créer d'autres encoches,
il faut faire intervenir un phénomène d'épigénie
par surimposition.
Celui-ci nécessite que, pendant les glaciations, les eaux circulent à un niveau
plus élevé que celui du verrou, ce qui est parfaitement compatible avec l'existence
d'un niveau d'écoulement intraglaciaire
situé à une centaine de mètres sous la surface, donc à plusieurs centaines de
mètres au-dessus du verrou.
Lors du recul des glaciers à la fin d'une glaciation, ce niveau s'abaisse en
même temps que celui du glacier, ce qui permet aux eaux de créer une nouvelle
encoche, selon le schéma bien connu de la surimposition.
LES PSEUDO-VERROUS
Mais la glace peut également avoir été gênée dans son écoulement par un coude
brutal de la vallée. Pas de verrou, alors, mais , très souvent, une attaque
vigoureuse des versants par la glace et les eaux latérales, se traduisant par
des falaises ou des ravinements.
Un ombilic se forme à l'amont du pseudo-verrou.
C'est ainsi que l'ombilic de Grenoble et celui
du Bourg d'Oisans ( Isère ) sont dus à la présence
d'un coude formant pseudo-verrou.