ALTITUDE D'APPARITION DES EAUX GLACIAIRES
A LA SURFACE D'UN GLACIER QUATERNAIRE

122 du 21 janvier 2011


Cette question a fait l'objet de nombreuses études.
Nous pensons cependant pouvoir apporter quelques éléments nouveaux dans ce domaine, à la suite d'observations effectuées sur le terrain.

Pour commencer, rendons-nous au col de la Madeleine (Savoie), entre Isère et Arc, où nous pourrons observer des ravines de diffluence

On sait que nous attribuons la formation de ce type de relief à des écoulements d'eaux glaciaires au front d'une diffluence.

LES RAVINES DU COL DE LA MADELEINE

 

Voici trois de ces ravines, qui entaillent le versant Maurienne du col.


SITUATION DU COL DE LA MADELEINE

La distance du col au vallum frontal du glacier de l'Isère est de 138 km par le versant sud du col et
la vallée de l'Arc et de 169 km en suivant le versant nord et la vallée de l'Isère ; la largeur de ces vallées au niveau supérieur des glaces étant du même ordre de grandeur, les glaces s'élevaient donc plus haut au nord qu'au sud du col.

La prise en considération de plusieurs rebords d'auge qui, versant nord du col, jalonnent la vallée de l'Eau Rousse en direction de l'Isère, ainsi que celle d'un sommet d'épaulement IA5 qui cote 2185 m à l'est du col nous amènent à attribuer une altitude de l'ordre de 2250 m au glacier rissien au-dessus du col et un peu moins pour le glacier würmien. Cette valeur est d'ailleurs parfaitement cohérente avec notre graphique Altitude atteinte par les affluents de l'Isère.

L'altitude du col étant de 1993 m, l'épaisseur de glace sur le col lors des pléniglaciaires des deux dernières glaciations
était de l'ordre de 200 à 250 m.

Au maximum des glaciations, le col était alors parcouru, en direction de la vallée de l'Arc, par une diffluence du glacier de l'Isère, grossi des glaciers du Grand Pic de la Lauziere et du versant nord du Cheval Noir.

Les eaux glaciaires latérales rive gauche du glacier de l'Isère, coulant une centaine de mètres sous la surface, ont donc emprunté pendant quelque temps le versant Maurienne du col, dans lequel elles ont creusé ces ravines.

L'existence de ces ravines de diffluence du col de la Madeleine montre donc que, peu de temps après le pléniglaciaire würmien - puisque le niveau du glacier n'avait encore baissé que d'une centaine de mètres - les eaux glaciaires présentaient, à une altitude de l'ordre de 2000 m, un débit suffisant pour donner naissance à ce type de relief, encore très marqué dans le paysage.
____________________________________________________

Second site d'observation, les ravines du col de Merdaret, page à laquelle nous renvoyons le lecteur pour n'en retenir ici que les conclusions
.

" Ces ravines du col de Merdaret prennent naissance entre 1800 et 1880 m, prouvant ainsi que la fusion du glacier würmien était déjà alors intense à cette altitude, donc qu'elle débutait un peu plus haut "

____________________________________________________

Enfin, les formes d'érosion originales visibles au Pas d'Anna Falque conduisent à des constatations analogues.


CONCLUSION


Ces observations, ainsi que d'autres effectuées en d'autres lieux, nous aménent à penser que, peu après le pléniglaciaire würmien, le débit des eaux glaciaires aux environs de 2000 m d'altitude était déjà suffisant pour imprimer dans le relief des formes qui ont pû subsister jusqu'à nos jours.


Mais il y a plus !
À d'autres endroits des Alpes, nous avons identifié des formes que nous avons attribué à l'action des eaux glaciaires, à des altitudes encore bien supérieures.

On rencontre en effet, dans certaines vallées, des rebords d'auge, de épaulements ou des ravines de diffluence situés à des altitudes telles qu'il semble impossible, à première vue, de penser que la température y ait permis une fonte de surface importante.

Si donc l'existence d'eaux glaciaires à cette altitude au maximum de la glaciation nous semble maintenant prouvée, est-il possible d'expliquer comment elles ont pu prendre naissance?
Il nous paraît peu vraisemblable qui'il aît pû régner, au maximum
de la glaciation, une température suffisante pour entraîner l'apparition, à une altitude de l'ordre de 2500 m, d'une fusion importante.

Une autre explication nous paraît plus admissible.

On peut remarquer que, contrairement aux
dépôts et aux formes mineures du relief glaciaire qui sont très sensibles aux érosions interglaciaires, les épaulements sont des éléments de relief massifs, donc pérennes, au même titre que les vallées, dont ils constituent un élément indissociable.

Ces formes peuvent donc dater de
glaciations très anciennes
et il nous semble certain que, depuis celles-ci, des mouvements orogéniques de surrection se sont produits dans bien des région. Les épaulements ont donc pu être formés à des altitudes plus faibles que leur positionnement actuel.

A titre d'exemple, on estime le soulèvement actuel du massif de Belledonne
à environ 1 mm par an.
Bien que cette valeur ne soit qu'une estimation de la vitesse instantanée actuelle et que rien ne permette, pour l'instant, de connaître sa valeur dans le passé, on conçoit que l'imprécision introduite par de tels mouvements orogéniques rend quelque peu illusoires les valeurs des altitudes pour des glaciations antérieures au Riss (1 mm par an représente 100 m par 100 000 ans ou encore 1 km par million d'années !).

Nous ne tiendrons donc pas compte de cette valeur de aussi élevées et nous bornerons à utiliser celle de l'ordre de 2000 m déterminée ci-dessus.
______________________________________________

La connaissance de l'altitude d'apparition des eaux glaciaires se révéle nécessaire pour déterminer quel rôle elles ont joué dans la formation des vallées en auge.