ALTITUDE D'APPARITION DES EAUX GLACIAIRES
A LA SURFACE D'UN GLACIER QUATERNAIRE



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Cette question a fait l'objet de nombreuses études. Nous pensons cependant pouvoir apporter quelques éléments nouveaux dans ce domaine, à la suite d'observations effectuées sur le terrain.

Voici la première d'entre elles, basée sur l'existence de ravines de diffluence au col de la Madeleine (Savoie), entre Isère et Arc.

On sait que nous attribuons la formation de ce type de relief à des écoulements d'eaux glaciaires au front d'une diffluence.

LES RAVINES DU COL DE LA MADELEINE

 

Voici trois de cesravines, qui entaillent le versant Maurienne du col.


Situation géographique de ce lieu

La distance du col au vallum frontal du glacier de l'Isère est de 138 km par le versant sud du col et
la vallée de l'Arc et de 169 km en suivant le versant nord et la vallée de l'Isère ; la largeur de ces vallées au niveau supérieur des glaces étant du même ordre de grandeur, les glaces s'élevaient donc plus haut au nord qu'au sud du col.
Au maximum de la glaciation, celui-ci était alors emprunté, en direction de la vallée de l'Arc, par une diffluence du glacier de l'Isère, grossi des glaciers du Grand Pic de la Lauziere et du versant nord du Cheval Noir.

La prise en considération de plusieurs rebords d'auge qui, versant nord du col, jalonnent la vallée de l'Eau Rousse en direction de l'Isère, ainsi que celle d'un sommet d'épaulement IA5 qui cote 2180 m à l'est du col nous amènent à attribuer une altitude de l'ordre de 2250 m au glacier rissien au-dessus du col et un peu moins pour le glacier würmien. Cette valeur est d'ailleurs parfaitement cohérente avec le graphique Altitude atteinte par les affluents de l'Isère.

L'altitude du col étant de 1993 m, l'épaisseur de glace sur le col lors des pléniglaciaires des deux dernières glaciations était de l'ordre de 200 à 250 m.
Le col était donc parcouru par une diffluence dans le sens Isère/Arc.
Les eaux glaciaires latérales rive gauche du glacier de l'Isère, coulant à 100/150 m sous la surface, ont donc emprunté pendant quelque temps le versant Maurienne du col, dans lequel elles ont creusé ces ravines.

L'existence de ces ravines de diffluence du col de la Madeleine montre donc que, peu de temps après le pléniglaciaire würmien - puisque le niveau du glacier n'avait encore baissé que de 100 à 150 m - les eaux glaciaires présentaient, à l'altitude de 2000 m, un débit suffisant pour donner naissance à ce type de relief, encore très marqué dans le paysage.
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Second site d'observation, les ravines du col de Merdaret, page à laquelle nous renvoyons le lecteur pour n'en retenir ici que les conclusions
.

" Ces ravines du col de Merdaret prennent naissance entre 1800 et 1880 m, prouvant ainsi que la fusion du glacier würmien était déjà alors intense à cette altitude, donc qu'elle débutait un peu plus haut "

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Enfin, les formes d'érosion originales visibles au Pas d'Anna Falque conduisent à des constatations analogues.


CONCLUSION


Ces observations, ainsi que d'autres plus parcellaires effectuées en d'autres lieux, nous aménent à penser que, peu après le pléniglaciaire würmien, le débit des eaux glaciaires aux environs de 2000 m d'altitude était déjà suffisant pour imprimer dans le relief des formes qui ont pû subsister jusqu'à nos jours.

Mais il y a plus !
À d'autres endroits des Alpes, nous avons identifié des formes que nous avons attribué à l'action des eaux glaciaires, à des altitudes bien supérieures, de l'ordre de 2800 m.

On rencontre en effet, dans certaines vallées, des rebords d'auge, de épaulements ou des ravines de diffluence situés à des altitudes telles qu'il semble impossible, à première vue, de penser que la température y ait permis une fonte de surface importante.

Par exemple, la vallée de l'Unteraargletscher, au-dessus du col du Grimsel (Valais, Suisse) présente un plan d'épaulement dont le sommeil se situe à une altitude de l'ordre de 2800 m.
Peut-on réellement penser qu'au plus fort des glaciations des
eaux glaciaires aient pû exister à une pareille altitude ?

La réponse se trouve, nous semble-t-il, dans le coin inférieur droit de cette photo. Cachés en partie par les inscriptions, on aperçoit les départs de plusieurs sillons creusés dans le rocher.

L'image suivante, capturée sur Google Earth, les montre dans toute leur hauteur
.

 

 

Photo plus grande non renseignée

Ces sillons ont été visiblement creusés par les eaux et non par une abrasion due à la glace.
L'absence, à leur amont, de bassins d'alimentation montre qu'il s'agissait d'eaux glaciaires et non d'eaux météoriques.
Ces sillons rocheux sont donc des ravines d'épaulement.
La plus élevée d'entre elles prend naissance à 2650 m environ, soit à peu près 150 m en dessous du sommet du plan d'épaulement.

 

 



Si donc l'existence d'eaux glaciaires à cette altitude au maximum de la glaciation nous semble maintenant prouvée, est-il possible d'expliquer comment elles ont pu prendre naissance?
Il nous paraît peu vraisemblable qui'il aît pû régner, au maximum du Würm, une température suffisante pour entraîner l'apparition, à une altitude de l'ordre de 2800 m, d'une fusion importante
.

Une autre explication nous paraît plus admissible.

On peut remarquer que, contrairement aux
dépôts et aux formes mineures du relief glaciaire qui sont très sensibles aux érosions interglaciaires, les épaulements sont des éléments de relief massifs, donc pérennes, au même titre que les vallées, dont ils constituent un élément indissociable.

Ces formes peuvent donc dater de
glaciations très anciennes
et il nous semble certain que, depuis celles-ci, des mouvements orogéniques de surrection se sont produits dans cette région. Les épaulements ont donc pu être formés à des altitudes plus faibles que leur positionnement actuel.

A titre d'exemple, on chiffre le soulèvement actuel du massif de Belledonne
à environ 1 mm par an.
Bien que cette valeur ne soit qu'une estimation de la vitesse instantanée actuelle et que rien ne permette pour l'instant de connaître sa valeur dans le passé, l'imprécision introduite par de tels mouvements orogéniques rend quelque peu illusoires les valeurs des altitudes pour des glaciations antérieures au Riss (1 mm par an représente 100 m par 100 000 ans ou encore 1 km par million d'années !).

Nous ne tiendrons donc pas compte de cette valeur de 2800 m et nous bornerons à utiliser delle de 2000 m déterminée ci-dessus.
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La connaissance de l'altitude d'apparition des eaux glaciaires se révéle nécessaire pour déterminer quel rôle elles ont joué dans la formation des vallées en auge.