CIRCULATION DES EAUX GLACIAIRES
A L'INTERIEUR
D'UN GLACIER
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Pour
suivre le fil d'Ariane " Rôle joué par les eaux
glaciaires dans la formation des vallées en auge", lisez
tout d'abord cette page jusqu'au bout |
Tout d'abord, qu'appelle-t-on eaux glaciaires
?
Ces eaux sont constituées par l'ensemble des deux flux suivants :
Le premier comprend des eaux circulant en majorité à la surface
du glacier ou à peu de profondeur en dessous de celle-ci :
-
les eaux de fonte de surface, les plus importantes
(jusqu'à 10 m de hauteur d'eau par an, en fonction de l'altitude, dans nos
glaciers alpins actuels)
- les eaux des versants : sources, fonte des
glaciers affluents non coalescents, fonte des névés
- les eaux météoriques (pluie et neige) tombant
sur le glacier et sur les versants
le second est constitué par :
- les eaux de fonte dues au flux géothermique,
qui circulent, elles, sur le fond de l'auge, où elles sont rejointes
par
- les eaux de fonte dues au mouvement du glacier, ainsi
que par une petite partie des eaux de surface percolant
à travers la masse du glacier
.
Le
premier de ces deux flux est, tout au moins en été, celui qui présente
le débit plus
important ; en
hiver, seules subsistent les eaux du second groupe, ainsi que celles des
sources pérennes
Nous nous intéresserons
ici essentiellement au rôle joué par les eaux glaciaires du
premier groupe.
L'Importance du flux géothermique est en effet faible et l'imperméabilité
des couches profondes du glacier réduit, ainsi que nous le verrons
plus loin, l'importance des eaux de percolation.
POUVOIR
EROSIF DES EAUX GLACIAIRES
COULANT EN SURFACE OU A FAIBLE PROFONDEUR
(que nous appellerons dans ce qui suit, pour simplifier,
eaux glaciaires)
Le pouvoir érosif de ces eaux glaciaires est très
important.
Elles agissent par :
-
érosion mécanique, grâce aux éléments solides
qu'elles transportent. Ici, contrairement à ce qui passe dans le cas de la
glace, tous les solides transportés jouent un
rôle, depuis les galets jusqu'aux sables - souvent quartzeux et toujours à
arêtes vives - et à la farine glaciaire.
- érosion hydraulique, en particulier la cavitation,
très destructrice et qui apparaît aux grandes vitesses. Or Robert
Vivian cite des vitesses atteignant 50 m par seconde.
L'efficacité
de ces deux modes d'érosion croît très rapidement avec la vitesse. On imagine
facilement l'effet destructeur de blocs projetés contre une paroi à 50 mètres
par seconde,soit 180 kilomètres par heure !
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Les eaux agissent également par pression différentielle..... |
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..... qui tend à ouvrir les fissures des rochers, contribuant ainsi
à la création d'abrupts d'arrachement. |
-
érosion
chimique.
Ces eaux
froides sont acides (du fait du dioxyde de carbone
dissous) et agressives, vis-à-vis des roches calcaires mais également des roches
cristallines.
S'écoulant sur les roches calcaires, elles donnent souvent naissance à des lapiaz
dans les zones peu inclinées, tels les fonds de cirque.
Le rebord nord du Vercors
(gouffre Berger), l'Oucane
de Chabrières (vallée de la Durance), le Désert
de Platé (Haute Savoie) en constituent de bons exemples.
Les effets de ces trois modes d'érosion sont encore amplifiés par le fait qu'ils
travaillent en synergie.
Ces effets érosifs sont bien connus des turbiniers et les eaux
glaciaires ne peuvent être économiquement utilisées qu'après décantation
dans un lac (Emosson, par exemple).
PARCOURS DES EAUX GLACIAIRES A L'INTERIEUR DU GLACIER
Nous
sommes assez bien renseignés sur leur parcours près de la surface.
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En particulier,
les explorations de Louis Reynaud à la Mer
de Glace et au glacier d'Argentière
ont montré que, par un réseau de bédières
et de moulins, elles rejoignent les rives,
à une profondeur de l'ordre de 100 à 150 m. |
Mais que se passe-t-il plus profondément ?
Certains évoquent une nappe phréatique du type
karstique, discontinue dans les trois dimensions
et variable dans le temps, dont la surface se situe, selon les auteurs, de 100
m sous la surface jusqu'à 50 % de l'épaisseur du glacier.
L'existence de cette nappe phréatique est susceptible de fournir une explication
aux phénomènes des surges
glaciaires (foirages).
À l'intérieur de cette nappe phréatique, les eaux s'écoulent dans un réseau
de fractures interconnectées (d'après A.G.Fountain,
article cité en bibliographie).
Selon cet auteur, ce réseau de fractures offre une explication simple pour l'origine
et l'évolution du système de circulation d'eau intraglaciaire et sa régénération
saisonnière.
Toutefois, les dimensions de ces fractures sont en moyenne de 4 cm et l'eau
y circule, en écoulement laminaire, à la vitesse de 0,5 à 4 cm par seconde.
À travers un glacier épais de plusieurs centaines de mètres, il n'est pas évident
que ce mode d'écoulement permette d'évacuer la totalité des eaux glaciaires
de surface.
L'article ne fait par ailleurs aucune allusion aux effets
de paroi possibles entre glacier et rives, effets qui, selon nous, offrent
aux
eaux glaciaires une autre
possibilité que les réseaux de fractures pour gagner plus facilement
le fond d'auge.
Louis Reynaud fait, lui, appel aux propriétés
physiques de la glace, qui devient très déformable en dessous de 100 à 150
m sous la surface, rendant le glacier imperméable plus bas.
On pourrait donc parler d'une « surface d'écoulement intraglaciaire
» située à cette profondeur, dont l'avancée du glacier doit modifier sans cesse
les caractéristiques de détail.
Sur le fond d'auge, ce sont les forages et les
observations effectuées à partir des galeries de captage des eaux sous glaciaires
qui ont permis de préciser leur parcours, tout au moins
dans le cas des glaciers actuels, bien entendu, car ils
ont été effectués sous une épaisseur de glace ne dépassant par 300 m,
c'est-à-dire nettement inférieure à celle des grands glaciers quaternaires.
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Au
glacier d'Argentière, par exemple,
on a constaté que les eaux coulent sur le fond d'auge simultanément dans
plusieurs chenaux dont la position varie dans le
temps au fur et à mesure de l'avancement du glacier.
Ceci a nécessité le forage, à partir de la galerie transversale creusée
dans le bedrock, de plus de 20 sorties à la glace, et l'équipement en
captage de 6 à 8 d'entre elles.
La même constatation a été faite à la Mer de Glace. |
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Il est du plus grand intérêt de noter que, dans le cas de ces deux glaciers,
l'écoulement sous-glaciaire est subdivisé en plusieurs torrents qui
empruntent, simultanément ou à tour de rôle, divers tunnels et non cantonné
à un seul " canyon " sous glaciaire.
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L'examen des formes d'érosion que présente le fond de l'auge sur le front de
glaciers actuels ou celui de glaciers quaternaires disparus corrobore ces observations.
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Voici, par exemple,
des chenaux de fond d'auge (N
channels, pour Nye channels) au front
d'un glacier suisse de Transfleuron ... |
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... et d'autres
photographiées sur les délaissés d'un glacier quaternaire en Écosse.
Sur l'un comme sur l'autre cliché, on remarquera la présence d'abrupts
d'arrachement et de coudes. |
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« L'origine
de ces rainures visibles sur l'île Kelley a été débattue depuis plus d'un
siècle. Sont-elles dues à la glace ou à des courants d'eau sous-glaciaires
?
Noter que les formes courbes suggèrent un écoulement fluide.
Vue prise dans le sens de l'écoulement du glacier». (Commentaire
de l'auteur de la photo)
Photo prise sur le site remarquable de l'Université
de Cincinnati. http://tvl1.geo.uc.edu/ice/Glacier.html
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Nous pouvons donc, à présent, tracer le schéma suivant, qui résume les connaissances
actuelles sur la circulation des eaux glaciaires dans
la partie moyenne d'un glacier.
Mais que se passe-t-il à l'intérieur du glacier, entre le moment où les eaux
disparaissent par les moulins dans les profondeurs
et celui où elles apparaissent sur le fond, c'est-à-dire entre les points d'interrogation
de la figure ?
UNE HYPOTHESE DE CIRCULATION DES EAUX A L'INTERIEUR DU
GLACIER
Nous venons de voir que, sur le fond d'auge,
lorsque, à proximité du front du glacier, l'épaisseur devient suffisamment faible,
le contact de la glace avec le bedrock n'est pas
absolument étanche et qu'il existe de nombreux chenaux
empruntés par les eaux et dont la position change sans cesse.
Plus à l'amont, sous une épaisseur de glace plus importante, l'existence de
tels chenaux doit résulter d'une lutte incessante entre l'action érosive
des eaux sur la glace et la déformation de celle-ci, qui augmente avec
l'épaisseur du glacier et qui tend à refermer moulins
et chenaux.
On peut supposer qu'il en est de même sur les flancs
de la vallée :
Il nous paraît probable, en effet, que les irrégularités des parois entraînent,
lors de l'avancement du glacier, la création de conduits,
tantôt subhorizontaux, tantôt subverticaux que, dans ce dernier cas, on pourrait
appeler des " moulins de rive ". Nous pensons que
ces conduits, points
faibles dans l'imperméabilité du glacier,
permettent aux écoulements proches de la surface
de gagner le fond d'auge.
L'emplacement de ces moulins de rive doit varier
sans cesse avec l'avancement du glacier ainsi qu'avec les stades de la glaciation.
Il en était de même à chaque glaciation.
On aboutit donc au schéma suivant, dans lequel les eaux
de surface, après avoir gagné le fond d'auge par les moulins
de rive , le long des flancs de la vallée, circulent dans des tunnels
creusés dans la glace et dans des chenaux du bedrock
(R et N channels).

En coupe longitudinale du glacier, les moulins de rive
se disposent, contre les flancs de la vallée, selon le schéma
ci-dessous

Enfin,
lorsque l’épaisseur de glace diminue, près de la terminaison du glacier, les
eaux peuvent se rassembler en un torrent unique qui coule au fond de l’auge,
souvent dans un "canyon sous-glaciaire".
A PARTIR DE QUELLE EPAISSEUR DE GLACE
LES MOULINS DE RIVE
SE FORMENT-ILS ?
LES CHENAUX SOUS-MARINS
Question importante, à laquelle de récentes
observations effectuées en Antarctique semblent
apporter un début de réponse.
On
peut lire, en effet, dans le n°88 du 24 avril 2007 de la revue EOS
qu'une mission océanographique a découvert, dans la
calving bay (baie dans laquelle
ont lieu d'importants vêlage) de la
mer d'Amundsen qui draine le tiers de la glace de la
calotte d'Antarctique Occidentale, deux
surcreusements glaciaires laissés en mer après recul de la calotte
depuis le dernier maximum.
L'un d'eux est profond de 1600 m et son
fond est sillonné de réseaux dendritiques à méandres
qui témoignent de la présence de chenaux sous glaciaires
à cette profondeur.
Des eaux glaciaires ont donc coulé jadis à
1600 m, voire plus, sous la surface de la glace !
Mais cette constatation ne saurait, bien entendu, être généralisée
à tous les glaciers, en particulier aux appareils alpins.
Il convient
en effet de tenir compte du fait que ce glacier de l'Antarctique
était soumis à ce que nous avons appelé l'effet de flottaison, qui devait diminuer le poids
du glacier sur le fond et donc, semble - il, permettre aux eaux de rejoindre
plus facilement celui-ci.
Il nous semble probable que cet effet n'était toutefois pas assez important,
à
l'endroit où ont été observés ces chenaux sous-glaciaires,
pour décoller largement du fond
la glace ( n'oublions pas que, de plus, le niveau des océans se situait
300 m plus bas que de nos jours).
En
effet on peut penser que ces chenaux n'auraient pu se former si la glace avait
été séparée du fond par une tranche d'eau assez
importante dans laquelle les écoulements sous-glaciaires se seraient
dilués,
On peut s'interroger également sur l'origine de ces
eaux glaciaires, car la fusion superficielle devait être peu importante
ici lors du dernier maximum glaciaire. Etaient-elles dues au gradient
géothermique, ou bien à une éventuelle activité
volcanique sous-glaciaire?
Des pareils chenaux sous-glaciaires ont d'ailleurs
été également observés à des profondeurs
comparables sous d'autres glaciers se déversant dans l'océan.
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Revenant à nos
glaciers alpins, quelles preuves peut-on apporter à l'appui du schéma de circulation
des eaux que nous venons d'exposer ?
Le cas du Saint
Eynard nous paraît constituer un premier argument.