DIGITATIONS
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Trois exemples de glaciers dont les langues terminales présentent des digitations.

Pour spectaculaire qu'elle soit, cette photo de la langue terminale du glacier Oraefajökull, un des émissaires sud de l'immense Vatnajökull, le plus grand glacier d'Islande (et d'Europe - encore que certains font jouer ce role à l' Austfonna , Svalbard/Norvège) risque toutefois de n'être pas pleinement adaptée à appuyer notre propos.
En effet, les digitations qu'elle émet sont séparées par des reliefs - indiqués ici par des flèches - qui, selon Google Earth, s'élévent plusieurs centaines de mètres au dessus du sol environnant, ancien sandur du glacier.
On peut donc, sans doute à juste titre, penser que ce sont ces reliefs qui ont fragmenté le glacier et que l'existence de digitations n'est pas dûe - ou pas dûe uniquement - au recul actuel des glaciers.


L'exemple suivant sera plus convaincant :

Voici deux glaciers débouchant sur la côte sud de l'Alaska.
Pour l'un comme pour l'autre, aucune irrégularité du terrain ne peut être tenue pour responsable des digitations, car les glaciers s'avancent librement sur leurs sandurs frontaux, ainsi que le montre un relevé d'altitudes effectué à l'aide de Google Earth.

Pour l'un comme pour l'autre, l'emplacement du vallum terminal (souligné par des pointillés blancs) montre clairement quelle était l'étendue du lobe du glacier lors de son maximum d'extension.

Dans le cas du glacier de gauche, le recul a à peine commencé et des digitations commencent à peine à se former.

Le recul du glacier de droite est beaucoup plus marqué, de même que les digitations.

Cet exemple montre clairement que le remplacement d'un lobe par des digitations est lié au recul des glaciers.


Rendons nous à présent en Patagonie.

En fausses couleurs, cette fois, voici un glacier chilien de Patagonie situé par 47° de latitude sud et 73° de longitude ouest.

Les flèches blanches indiquent la position du vallum terminal et donc la forme du lobe disparu, remarquablement circulaire.

Comme la précédente, cette image montre bien que les digitations remplacent le lobe lors de la décrue du glacier, même en l'absence d'irrégularités du sol.

Celui-ci plonge dans un lac dont la surface est parsemée d'icebergs
La surface du glacier, particuliérement esthétique, mime la fourrure d'un ours blanc.

La couleur rouge correspond à la végétation.
Document NASA


Revenons pour terminer en Alaska, pour y admirer la langue terminale de ce glacier.

Ici également, le glacier (Bering Glacier, bassin versant 5200 km2) plonge dans un lac (Lac Vitus). La forme de celui-ci laisse deviner celle du lobe qui existait au maximum de la glaciation.

La forme torturée des écoulements est très remarquable. On l'attribue à l'action de plusieurs surges successifs


Quelle peut être l'origine des digitations ?

Cette vue d'un glacier alaskien, par 61 58 N,142 58 W, montre qu'en aval d'un confluent, les glaces des deux glaciers restent séparées.
Cette vue d'un glacier situé, cette fois, en Islande, par 64 06 38 N,16 22 05 W, conduit à la même conclusion : dans un glacier, même dans ses dernières longueurs, les glaces gardent jalousement leur individualité.

L'accés direct aux images Google Earth - et à la visualisation du relief qu'elles permettent - est possible en appliquant la méthode exposée ici.

CONCLUSION

Il nous semble donc que l'on peut imputer la formation des digitations qui apparaîssent lors de la décrue d'un glacier à l'expression ultime de la différence des provenances - et donc des caractéristiques - de la glace qui le constitue.