LES RAVINES GLACIAIRES MARGINALES

DE DIFFLUENCE OU D'EPAULEMENT
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Que nous appellerons, plus simplement, pour être concis, ravines marginales.

Emises au front ou sur les rives d'un glacier, les eaux de fonte - ou plus généralement les eaux glaciaires qui font l'objet de la page circulation des eaux glaciaires - modèlent, dans les dépôts glaciaires ou dans les roches en place sur lesquelles elles coulent, des formes très caractéristiques.

Dans bien des cas, ces formes ont été altérées, voire détruites, par les actions glaciaires ou postglaciaires ultérieures.
À quelques endroits, elles ont pu cependant résister à l'épreuve du temps : c'est le cas, en particulier, de ce que nous appellerons les ravines marginales. Il en existe deux types, les ravines de diffluence et les ravines d'épaulementle, reliefs particulièrement intéressants par les enseignements qu'ils apportent


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LES RAVINES DE DIFFLUENCE

Représentons-nous un glacier qui émet une diffluence par un point bas d'un des versants de sa vallée, un col par exemple. Si l'altitude est suffisamment faible pour que les eaux glaciaires soient présentes en quantité appréciable, une partie de celles-ci, qui circulent de préférence, on le sait, à une centaine de mètres de profondeur le long des rives de la vallée, quittera celle-ci et empruntera le même trajet que la diffluence.
Si, lors d'un stade de recul du glacier, celui-ci stationne un certain temps sur le col, les eaux apparaitront alors au jour au front du glacier diffluent et creuseront parfois, dans les pentes qu'elles empruntent, de petites ravines de dimensions en travers métriques ou décamétriques, que nous avons appelé ravines marginales de diffluence.

Ces formes d'érosion glaciaire sont souvent particuliérement bien conservées car, lorsque le recul des glaciers s'amplifie, et que la diffluence prend fin, aucune érosion notable ne s'exerce plus sur elles. Aucune circulation d'eau importantene prend en effet, le relais des eaux glaciaires, du fait de l'absence de bassin de réception de surface appréciable. Les phénomènes d'érosion postglaciaires ont été ainsi réduits au minimum.

Par ailleurs, la présence de ravines de diffluence à certains cols de diffluence d'altitudes relativement importantes permet de démontrer la présence d'eaux glaciaires à cet endroit.
On peut donc connaître l'altitude à laquelle les eaux glaciaires existaient en quantité appréciable près du maximum de la glaciation, question qui n'a pas reçu, à ce jour, nous semble-t-il de réponse pleinement satisfaisante.



Voici un premier exemple de ravines de diffluence, situées au col de Merdaret (1798 m), au-dessus d'Allevard (Isère).

Ces petites ravines - dont la photo ci-contre représente les trois les plus septentrionales - sont au nombre d'une demi-douzaine.
Leur section en V permet d'attribuer avec certitude leur formation à l'action des eaux courantes, mais l'égalité d'altitude de leurs têtes ainsi que le fait qu'elles sont colonisées par la végétation ne permet pas de les considérer comme dues à l'érosion régressive.
Voici l'une de ces ravines, photographiée, cette fois, en hiver.
Or ces ravines ne sont pas dominées par un bassin de réception de taille suffisante pour avoir collecté un débit d'eaux météoriques appréciable.

Il s'agit donc bien d'eaux glaciaires, qui émanaient de la diffluence du glacier du Haut Bréda par-dessus l'arête du col.

Ces ravines du col de Merdaret prennent naissance vers 1800 m, prouvant ainsi que la fusion, à un stade proche du pléniglaciaire würmien, était alors déjà importante à cette altitude.

Plus de détails à la page La diffluence de Merdaret.

D'autres ravines de diffluence, particulièrement faciles à examiner, sont situées sur la route qui méne de Grenoble à Saint-Nizier-du-Moucherotte (Isère), 500 m avant l'entrée dans le village. Elles sont au nombre de trois et se situent dans la forêt.

Dépourvues, elles aussi, de bassin d'alimentation, elles sont la preuve d'un écoulement d'eaux glaciaires, celles émises par la diffluence du glacier würmien de l'Isère qui franchissait l'épaule de Saint-Nizier-du-Moucherotte et qui a stationné ici un certain temps au début du recul des glaces.

Deux des trois ravines qui zigzaguent à travers la forêt, de part et d'autre de la route D 106.
L'altitude du sommet des ravines (1150 m) correspond exactement à celle du glacier würmien au-dessus de Grenoble, telle qu'elle résulte de nos études (page Les diffluences de Saint-Nizier-du-Moucherotte).

Il s'agit donc bien, ici aussi, de ravines de diffluence.


Ces ravines de diffluence jouent un rôle analogue à ce qui a été appelé par G. Monjuvent «canyons proglaciaires», une forme de relief qui, de la même manière, traduit l'écoulement des eaux de fonte à l'avant d'une diffluence glaciaire.
À ce dernier type appartiennent le Pas du Curé et la Combe de la Jaille, situés également aux environs de Saint-Nizier-du-Moucherotte (Isère), creusés par les eaux glaciaires de la diffluence de Saint-Nizier-du-Moucherotte plongeant sous la langue de glace qui remontait les gorges du Furon.

Les vallons, disposés en éventail, qui descendent vers l'ouest ou le nord-ouest de la crête de la Forêt de Bonnevaux (Isère) nous paraissent également être des ravines de diffluence.
Aucun de ces vallons qui prennent naissance en bordure de la crête qui domine Bossieu et Arzay ne possède de bassin d'alimentation de taille suffisante pour en expliquer le creusement.
Il nous semble probable que ces vallons sont des ravines de grande taille creusées par les eaux de fonte de la diffluence du lobe commun aux glaciers rissiens du Rhône et de l'Isère franchissant la crête de la Forêt.
Voir à ce sujet la page Le plateau de Chambaran et le Forêt de Bonnevaux

Autres exemples de ravines de diffluence :
-- les ravines du col de la Madeleine, sans doute les plus intéressantes, car elles montrent que, peu de temps après le pléniglaciaire, Il existait un débit important d'eaux glaciaires à l'altitude de 2000 m.
- les ravines du Néron
-- la ravine qui termine, vers l'ouest, la crête des Fretes (Bornes, Haute-Savoie) (WGS 84 31T 297000/5084400) et qui prend naissance à 1720 m

-- enfin les ravines qui entaillent le versant nord du Praillet (vallée du Neyton sur Allevard, Isère).


Ces ravines d'épaulement présentent un intéret plus grand que leur faible étendue dans les paysages pourrait le laisser supposer : certaines d'entre elles permettent de déterminer l'altitude d'apparition des eaux glaciaires
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LES RAVINES D'EPAULEMENT

On rencontre également parfois des ravines sur le versant aval d'épaulements formant saillie sur les flancs d'une vallée.

C'est le cas, dans la vallée du Poncellamont, qui descend du Cormet d'Arêches (Beaufortain, Savoie), de cet ensemble de ravines situées sous l'épaulement qui porte le chalet en ruines d'Arceni.

En contrebas, on distingue le lac de Saint Guérin.

L'existence de ces ravines d'épaulement peut être expliquée, de manière analogue à celle des ravines de diffluence, par l'écoulement des eaux durant le stationnement du glacier sur l'épaulement lors d'un stade de recul.


Un dernier exemple de ravines d'épaulement situées, cette fois, dans le bassin du Drac, au-dessus de Nantes-en-Ratier, dans la région de La Mure (Isère). Ici, deux ravines parallèles prennent naissance quelques dizaines de mètres au dessus de la ferme des Bruyères (WGS 84 31T 723000 / 4981400, altitude 1343 m).
Ce sont les témoins très probables d'un stationnement du glacier sur le petit épaulement situé un peu plus au sud, car, d'une part, ces ravines ne disposent pas d'un bassin d'alimentation susceptible de collecter les eaux pluviales et d'autre part, elles prennent naissance exactement à l'altitude du glacier rissien telle que nous l'avons déterminée (voir la carte ici).

Ce dernier site est remarquable, car son origine rissienne est certaine, le bassin du Drac n'ayant pas été occupé par les glaces durant le Würm.
On peut simplement penser que ces ravines ont été entretenues ultérieurement par les eaux de fonte des neiges würmiennes, alors que le pergélisol régnait ici en maître.


ENVIRONNEMENT DES RAVINES

L'analogie de situation entre les ravines - de diffluence ou d'épaulement - et les sillons glaciaires marginaux donne à penser que ces deux formes d'érosion ont la même origine : écoulement d'eaux glaciaires sur les marges d'un glacier.
Ce point sera développé à la page origine des sillons marginaux.

Mais on peut remarquer qu'en règle très générale, les ravines se situent dans des forêts. Quelques exceptions cependant, telles celles du Beaufortain vues plus haut et celles du Praillet, sur Allevard (Savoie), où elles sont tracées dans des dépôts glaciaires.
Les sillons rocheux , eux aussi, se placent dans des forêts.

À l'inverse, les sillons vallonnés portent des prairies.
Cela s'explique bien si on admet, à notre suite, que les ravines et les sillons rocheux sont des formes d'érosion, en général de terrains rocheux, donc pauvres et occupés actuellement par des forêts. Les sillons vallonnés, quant à eux, sont des formes de dépôts glaciaires et l'on sait que ceux-ci, plus riches, sont souvent dans les Alpes occupés par des prairies ou des alpages.


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LES RAVINS DE DIFFLUENCE

Dans certains cas, les ravines de diffluence présentent des dimensions telles qu'on peut les appeler ravins. On peut penser que ce cas de figure se rencontre lorsque le débit des écoulements est particulièrement important ou encore dans le cas où la forme de l'arête aux alentours de la diffluence a permis un stationnement prolongé des écoulements au même endroit.

Un exemple, le ravin de Drogat, dans le sud du Vercors.


LE MOT DU SCEPTIQUE

Comment pouvez-vous être sûr qu'une ravine a bien une origine glaciaire et qu'elle n'a pas plutôt été, tout simplement, creusée par un torrent ?

Réponse ici



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