LES RAVINEMENTS D'ORIGINE GLACIAIRE
.135 - 13 octobre 2011
Nous regroupons sous le terme générique
« ravinements » des formes d'érosion fréquemment rencontrées en montagne :
- les ravines et les ravins
- les chalanches, qui font l'objet d'une page spéciale, de même que les versants d'érosion
Tous ne sont pas d'origine glaciaire et nous allons voir, pour chacun d'eux, quels sont les critères de reconnaissance.
Et tout d'abord les ravines et les ravins
Emises au front ou sur les rives d'un glacier, les eaux de fonte - ou plus généralement les eaux glaciaires qui font l'objet de la page circulation des eaux glaciaires - modèlent, dans les dépôts glaciaires ou dans les roches en place des formes très caractéristiques.
Dans bien des cas, ces formes ont été altérées, voire détruites, par les actions glaciaires ou postglaciaires ultérieures.
À quelques endroits, elles ont pu cependant résister à l'épreuve du temps : c'est le cas, en particulier, des ravines de diffluence et des ravines d'épaulement, reliefs particulièrement intéressants par les enseignements qu'ils apportent
Les ravines glaciaires sont dues, pensons nous, à l'écoulement des eaux glaciaires issues de la fonte, soit de la glace du front d'un glacier de faible longueur empruntant un col de diffluence - ce sont des ravines de diffluence - soit, lors du recul des glaces, de celle d'un petit front glaciaire transitoire stationnant sur un épaulement de la vallée principale, ce sont alors des ravines d'épaulement.
Ces ravines ont pu subsister jusqu'à nos jours car elles ont été, après le recul des glaces, protégées de l'érosion postglaciaire par leur proximité du col de diffluence ou de la crête de l'épaulement. L'espace disponible pour des entonnoirs de réception en amont des ravines était donc peu important, ce qui a réduit à peu de chose l'érosion par les eaux météoriques.
RAVINES DE DIFFLUENCE .....
Deux ravines, de dimensions métriques, telles celles-ci, sur Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes)......
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Nous pensons qu'elles ont été creusées par les eaux de fonte d'un glacier situé derrière la crête. |
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Ces petites ravines - dont la photo ci-contre représente les trois les plus septentrionales - sont au nombre d'une demi-douzaine. Leur section en V permet d'attribuer avec certitude leur formation à l'action des eaux courantes, mais leur forme, l'égalité des altitude de leurs têtes ainsi que le fait qu'elles sont colonisées par la végétation ne permet pas de les considérer comme dues à l'érosion régressive. |
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Voici l'une de ces ravines, photographiée, cette fois, en hiver. |
Ces ravines sont dominées par un rebord de terrain qui, après le retrait des glaces, déviait les eaux météoriques vers la vallée du Breda. Leur formation par des écoulements torrentiels est donc à exclure.
Il s'agissait donc d'eaux glaciaires, qui émanaient de la diffluence du glacier du Haut Bréda par-dessus l'arête du col.
Ces ravines du col de Merdaret prennent naissance vers 1800 m, prouvant ainsi que la fusion, à un stade proche du pléniglaciaire würmien, était alors déjà importante à cette altitude.
Plus de détails à la page La diffluence de Merdaret.
Un dernier exemple de ravines de diffluence, particulièrement faciles à examiner, sont situées sur la route qui méne de Grenoble à Saint-Nizier-du-Moucherotte (Isère), 500 m avant l'entrée dans ce village. Elles sont au nombre de trois et se situent dans la forêt.
Dépourvues, elles aussi, d'entonnoirs de réception, elles sont la preuve d'un écoulement d'eaux glaciaires. Celles-ci étaient émises par la diffluence du glacier würmien de l'Isère qui franchissait l'épaule de Saint-Nizier-du-Moucherotte et qui a stationné ici un certain temps au début du recul des glaces.
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Deux des trois ravines qui descendent à travers la forêt, de part et d'autre de la route D 106. |
L'altitude du sommet de ces ravines (1150 m) correspond exactement à celle du glacier würmien au-dessus de Grenoble, telle qu'elle résulte de nos études (page Les diffluences de Saint-Nizier-du-Moucherotte).
Il s'agit donc bien, ici aussi, de ravines de diffluence.
Ces ravines de diffluence jouent un rôle analogue à ce qui a été appelé par G. Monjuvent «canyons proglaciaires», une forme de relief qui, de la même manière - mais cette fois dans la roche en place - traduit l'écoulement des eaux de fonte à l'avant d'une diffluence glaciaire.
À ce dernier type appartiennent le Pas du Curé et la Combe de la Jaille, situés également aux environs de Saint-Nizier-du-Moucherotte (Isère), creusés par les eaux glaciaires de la diffluence de Saint-Nizier-du-Moucherotte plongeant sous la langue de glace qui remontait les gorges du Furon.
Les vallons, disposés en éventail, qui descendent vers l'ouest ou le nord-ouest de la crête de la Forêt de Bonnevaux (Isère) nous paraissent également être des ravines de diffluence.
Aucun de ces vallons, qui prennent naissance en bordure de la crête qui domine Bossieu et Arzay, ne possède d'entonnoir de réception de taille suffisante pour en expliquer le creusement.
Il nous semble probable que ces vallons sont des ravines de grande taille creusées par les eaux de fonte de la diffluence du lobe commun aux glaciers rissiens du Rhône et de l'Isère franchissant la crête de la Forêt.
Voir à ce sujet la page Le plateau de Chambaran et le Forêt de Bonnevaux
..... ET RAVINES D'EPAULEMENT
On rencontre également des ravines sur le versant aval d'épaulements formant saillie sur les flancs d'une vallée.
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C'est le cas, dans la vallée du Poncellamont, qui descend du Cormet d'Arêches (Beaufortain, Savoie), de cet ensemble de ravines situées sous l'épaulement qui porte le chalet en ruines d'Arceni. |
Un autre exemple de ravines d'épaulement situées, cette fois, dans le bassin du Drac, au-dessus de Nantes-en-Ratier, dans la région de La Mure (Isère). Ici, deux ravines parallèles prennent naissance quelques dizaines de mètres au dessus de la ferme des Bruyères (WGS 84 31T 723000 / 4981400, altitude 1343 m).
il ne s'agit pas de ravines torrentielles, car elles ne disposent pas d'entonnoirs de réception susceptibles de collecter les eaux pluviales.
Ce sont probablement les témoins d'un stationnement du glacier sur un petit épaulement situé à peu de distance au sud, car elles prennent naissance exactement à l'altitude du glacier rissien telle que nous l'avons déterminée (voir la carte ici).
Ce dernier site est remarquable, car son origine rissienne est certaine, le bassin du Drac n'ayant pas été occupé par les glaces durant le Würm.
Effectivement, d'autres sites nous ont montré également que, parfois, les ravines que nous observons peuvent dater du Riss.
Voir à ce sujet la page les ravines du Nèron
D'autre part, la présence d’un ravinement à proximité d'un épaulement est parfois utile, en permettant de déterminer le sens d'écoulement du glacier.
Ces exemples de ravines glaciaires illustrent bien les deux particularités de cette forme de relief : absence d'entonnoirs de réception et sommets des ravines culminant à peu de distance sous un col de diffluence ou sous un épaulement, voire sous un sommet-seuil, tel le couloir Ulrich au Néron.(Isère)
Autres exemples de ravines :
- la ravine qui termine, vers l'ouest, le plateau de Beauregard, à Colomban (Bornes, Haute-Savoie) (WGS 84 32T 297000/5084400) et qui prend naissance à 1720 m
- enfin les ravines qui entaillent le versant nord du Praillet (vallée du Neyton sur Allevard, Isère).
Ces ravines présentent un intéret plus grand que leur faible étendue dans les paysages pourrait le laisser supposer : certaines d'entre elles permettent de déterminer l'altitude d'apparition des eaux glaciaires .
LES RAVINS DE DIFFLUENCE
Dans certains cas, les ravines de diffluence présentent des dimensions telles qu'on peut les appeler ravins. On peut penser que ce cas de figure se rencontre lorsque le débit des écoulements a été particulièrement important ou encore dans le cas d'un stationnement prolongé des écoulements au même endroit.
Voici par exemple le ravin de Drogat, près de Chichilianne (Isère).
Profitant d'un point bas de l'arête qui court de Tête
Chevalière jusqu'au col de la Lauzette,
les eaux glaciaires du glacier de Tête Chevalière
changeaient de versant pour gagner celui
du Trièves.
Nous pensons que ce sont ces eaux qui ont creusé
ce ravin de Drogat, quasiment sec
actuellement, excepté pendant les gros orages où les écoulements retrouvent leur
vigueur d'autrefois.

Autre exemple, les deux ravins qui entaillent la Roche de Casse, dans le vallon du Goléon, sur La Grave (Hautes-Alpes). Ils sont dus au passage des eaux glaciaires du glacier, issu de l'Aiguille du Goléon et qui descendait ce vallon derrière la crête.

L'érosion causée par ces écoulements très abrasifs, car formés d'eaux, très chargées en matériaux, coulant à grande vitesse, était donc particulièrement importante derrière les épaulements. Il nous semble donc normal que ce soit derrière les épaulements que se sont que se sont formés les ravinements.
Ceux-ci, très nombreux dans les Alpes, principalement les Alpes du Sud, constituent donc à nos yeux un élément caractéristique du modelé glaciaire.
Seul un afflux d'eau important a pu en effet leur donner naissance et les glaciers en sont la seule source possible.
Notons toutefois que le positionnement des ravinements par rapport aux formes héritées des glaciations est une constatation d'expérience, indépendante de nos hypothèses sur la circulation des eaux glaciaires.
Car il est bien connu que les épaulements constituent un trait typique du modelé glaciaire et c'est à ce titre que nous les avons utilisés pour déterminer l'altitude de la surface des anciens glaciers . Voir la page détermination de l'altitude d'un glacier de vallée
La confirmation d'une origine glaciaire peut être également recherchée dans la présence d'autres formes glaciaires typiques : sillons rocheux, sillons vallonnés, ainsi que grottes, que les eaux glaciaires pouvaient utiliser pour gagner les profondeurs.
Les contreforts situés à proximité de la confluence d'un affluent avec le glacier de vallée ont été parfois exposés à des flots de glace différents en provenance des deux appareils, dont les réponses aux variations climatiques étaient différentes .
On y observe alors parfois des contreforts porteurs de deux ravinements distincts, chacun d'eux créé par un des deux glaciers.
La présence d’un ravinement d'origine glaciaire permet parfois de préciser le sens d'écoulement du glacier, puisqu'ils se situent en général à l'aval d'un épaulement.
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C'est un cas d'école, un exemple parfaît de torrent avec ses trois éléments caractéristiques : |
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Le versant ouest de la Montagne de Faraut, qui domine Saint-Étienne-en-Dévoluy (Hautes-Alpes) est strié de nombreux ravins d'érosion torrentielle, qui répondent bien aux caractéristiques ci-dessus, même si des glaciers minuscules ont pu se nicher dans leurs bassins de réception.
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Ravines et ravins ont été creusés par l'érosion par les eaux, donc" per descensum" (par opposition à l'érosion régressive qui, elle, nous l'avons dit, est " per ascensum").
Bien entendu, tous les ravinements ne sont pas liés à l'action de glaciers, mais nous considérons que c'est le cas s'ils prennent naissance en des lieux dépourvus, actuellement comme dans le passé, de flux d’eau susceptibles de les avoir engendrés. Seuls les glaciers ont pu créer les écoulements d'eau nécessaire pour cela.