9 - Effet des mouvements tectoniques et du rebond glacio-isostatique
« altitude actuelle » et « altitude d'origine »
Les sites témoins que nous venons d'énumérer se sont créés dans les paysages tels qu'ils étaient lors de ces glaciations.
Or il est certain que les altitudes du relief se sont, depuis lors, modifiées
- d'une part par les actions orogéniques qui se traduisent ici par une surélévation du massif,
- et également par l'effet de rebond glacio-isostatique qui a suivi la disparition de la surcharge de glace, ces deux facteurs jouant ici dans le même sens.
Ces actions qui peuvent être importantes, mais dont nous ne connaissons que peu de choses, ne nous permettent pas de déterminer les valeurs absolues exactes des altitudes de l'époque - les « altitudes d'origine » - encore faudrait-il définir par rapport à quel niveau de base .....
Lorsque nous mentionnons l'altitude d'un site témoin, il s'agit, bien entendu, de son altitude actuelle.
Lorsque nous indiquons par exemple que la cote de surface d'un glacier ancien était de 1700 m, la formulation exacte devrait être " la cote de surface du glacier était égale à celle de reliefs qui se situent actuellement à 1700 m ".
On peut cependant remarquer que les témoins, accrochés au relief, se sont soulevés en même temps que lui. On peut donc connaître - à l'influence de l'érosion près, bien entendu, dont nous parlerons plus loin - l'altitude des surfaces glaciaires par rapport au relief qui les environnait.
Cette approche nous a permis par exemple d'étudier la formation du Val d'Autrans (Isère).
10 - Formation du Val d'Autrans

Les crêtes qui ferment le val d'Autrans au nord entre la Molière et La Sure, se maintenent aux alentours de 1630 m (en altitude actuelle).
Au cours du Würm - qui n'a pas dépassé 1150 m sur Grenoble - elles n'ont pas été surmontées par le glacier de l'Isère qui descendait la Cluse de Voreppe. Le val d'Autrans n'a donc, pendant cette glaciation, été englacé que dans sa partie inférieure, par la branche du glacier de l'Isère qui "remontait" la vallée du Furon.
Il en était de même pendant le Riss, qui cotait 1300 m sur Grenoble. Et de même encore pendant la glaciation Grotte Vallier, qui culminait aux environs de 1570 m sur Grenoble.

La situation était toute autre lors de la glaciation la Molière, où les glaces atteignaient 1680 m sur le plateau homonyme. Les crêtes étaient alors franchies par une diffluence du glacier de l’Isère, épaisse de 50 à 100 mètres et large de 7 km, qui venait remplir le Val où elle rejoignait les glaces remontant par la vallée du Furon.
Sur ces crêtes, le Pas de Bellecombe (1636 m), une quarantaine de mètres donc sous la surface du glacier, voyait passer des eaux glaciaires qui, sur le versant ouest de l'arête, ont creusé la large entaille de la Bellecombe. Dans le fond de la combe, tous les terrains crétacés qui surmontaient l'Urgonien ont été alors enlevés jusqu'à faire apparaître celui-ci.
Plus au nord sur ces crêtes, un point bas à 1580 m trahit également le passage des eaux glaciaires qui, sur le versant ouest, ont creusé le ravin des Egarlettes emprunté par une piste de ski.
Entre la Molière et La Sure, le passage de la glace a façonné la crête en une « épaule glaciaire ». Nos études portant sur d'autres épaules glaciaires des Alpes, nous permettent d’estimer à une cinquantaine de mètres l'épaisseur de glace au pléniglaciaire sur celles de ces épaules qui n'ont été empruntées que par la glaciation maximum. Dans le cas de l'épaule glaciaire de la Sure, qui cote 1630 m, on trouve bien une surface de glacier à 1680 m, en accord avec le chiffre précédent.
Enfin, continuant la descente du glacier vers l'ouest jusqu'à passer le Bec de l'Orient, nous rencontrons le Val de Nave, qui prend naissance dans les falaises du Vercors d'une manière fort curieuse et qui vient confirmer l'existence et l'altitude de cette glaciation la Molière.
Au cataglaciaire de La Molière, dès que le niveau du glacier de l'Isère dans la Cluse de Voreppe s’est abaissé d'une centaine de mètres, la diffluence a pris fin. Le val d'Autrans n'a plus été alimenté par sa partie haute mais uniquement par la glace, beaucoup moins abondante, qui atteignait sa partie basse en « remontant » la vallée du Furon.
Nous tenons donc cette diffluence du glacier La Molière pour l’agent principal du façonnement du Val d'Autrans.
Notons toutefois que l'importance des glaciers n'a jamais été suffisante pour que les glaces envahissent complètement l'intérieur du massif du Vercors.
Preuve en est l'existence, dans la forêt des Coulmes ( Isère ), de vestiges d'un karst à buttes - une formation tropicale datant du Pliocène - qui n'a donc pas été oblitérée pendant les glaciations quaternaires.
11 - Prise en compte de l’érosion postglaciaire
Négligeable pour le Würm, peu importante pour le Riss, l'érosion des sites témoins des glaciations plus anciennes peut atteindre des valeurs importantes.
Cette question sera abordée dans une autre page.
Nous verrons alors qu'en ce qui concerne la glaciation maximum, des valeurs de l'ordre d’une centaine de mètres semblent plausibles, ce qui conduit à majorer d'autant les résultats qui figurent sur la carte précédente.
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