REMARQUES D' ORDRE GENERAL

1 - La nature des roches, leur résistance à l'érosion joue, bien entendu, un rôle considérable. Les glaciers ont sculpté dans les roches, selon leurs modalités propres d'érosion et leur altitude, en utilisanr les caractéristiques de celles-ci.
Schématiquement, on peut dire que la nature des roches est le facteur principal qui détermine la
forme des épaulements,
alors que l'érosion glaciaire est responsable de leur altitude.

2 - Certaines zones ont été, au Riss et, donc, lors des glaciations plus importantes, occupées par des glaciers locaux.
Les versants ouest du Pic Saint Michel et, plus au sud, celui du Cornafion, avec son bel ensemble de moraines, abritaient ainsi des glaciers de versant ou de calotte locale.
Les reliefs caractéristiques qui s'y situent ne sont donc pas représentatifs de l'altitude atteinte par le glacier de vallée et nous ne les avons pas fait figurer sur nos tableaux des sites témoins..

Encore faut-il pouvoir déterminer jusqu'où s'étendaient ces glaciers de versant.

Plusieurs methodes permettent d'y parvenir.

Une première approche consiste à utiliser une méthode statistique, le
jackknifing, élaborée pour compenser le petit nombre d'observations dans certaines études statistiques.
On vérifie que les résultats ne sont pas sensiblement modifiés lorsqu'on élimine tour à tour chacun des points. Si l'élimination d'un des points entraîne une variation importante du résultat final, c'est le signe que ce point est entaché d'une erreur (non prise en compte d'un paramètre secondaire, par exemple).

Bien entendu, le jackknifing ne permet pas de déterminer la cause d'une valeur incorrecte ; mais elle peut attirer l'attention sur le fait que l'on a négligé un paramètre important.
Dans notre cas, son utilisation a permis d'éliminer trois sites, qui se sont révélés après étude complémentaire sur place, être, non pas des sommets d'épaulement, mais des moraines ou encore des sommets d'épaulements créés par un glacier local.
C'est ici que l'étude sur le terrain se révéle irremplacable.


3 - Il ne faut pas s'attendre ici à une précision du même ordre que celle que nous avons pu obtenir dans le cas du Riss et du Würm.
Ces formes de relief, en dépit de leur résistance à l'érosion, ont quand même subi les outrages de l'érosion !



QUELQUES COMMENTAIRES SUR LES SITES C



1 - Le Plateau de la Molière - que l'on suit sur le versant est de la ligne de crête Charande - Pas de Bellecombe - est un plan d'épaulement, dont le bord supérieur, débute, au nord, au parking de la route forestière (1632 m) et se termine au sud, à la cote 1580. Cette inclinaison est tout à fait admissible pour la branche du glacier de l'Isère diffluant par la vallée du Furon.


2 - L'extrémité nord du plan d'épaulement du Plateau de la Molière se situe au parking de la route forestière, à 1632 m d'altitude.
A ce parking, il est relayé vers le nord , exactement dans son prolongement, par une arête qui se termine, 4200 m plus loin, au sommet de La Sure, dominant les abimes vertigineux de la vallée de l'
Isère.
Cette arête est très sensiblement horizontale, son altitude variant de
1580 à 1648, soit + ou - 34 m en 4200 m.

Nous reconnaissons ici les caractéristiques d'une épaule glaciaire : grande longueur et horizontalité presque parfaite
, à quelques dizaines de mètres près.
Cette forme de relief est très remarquable, elle nous sera très utile lorsque nous décrirons le cheminement des glaces dans la vallée d'Autrans.

QUELQUES COMMENTAIRES SUR LES SITES D


1 - Certaines zones ont été affectées par des
tassements de versant parfois gigantesques ; c'est le cas, par exemple pour le versant est de l'arête Moucherotte - Pic Saint Michel . Bien entendu, nous n'avons pas tenu compte des témoins - disons plutôt des faux témoins - situés dans ces zones.

2 - Les galets
cristallins de bonne taille que l'on trouve dans le sol à l'entrée de la Grotte Vallier (site D1A) ont été apportés par un courant d'eau important qui pouvait couler, non à la surface du glacier, mais un peu en-dessous de celle-ci. En conséquence, la cote de 1520 m doit être, nous semble-il, considérée comme pouvant être quelque peu inférieure à celle de la surface glaciaire.

On a pu déterminer par des mesures paléomagnétiques sur les sédiments et concrétions de la grotte. que la formation des concrétions était antérieure à l'inversion Matuyama / Brunhes, datée de - 780 000 ans. La grotte n'a donc plus été empruntée par les eaux depuis cette époque, sinon ces concrétions auraient été détruites.
La glaciation ancienne qui a apporté ces galets s'est donc déroulée il y a plus de
780 000 ans.

3 - L'arête nord du Moucherotte, sommet qui domine Grenoble, constitue également un témoin très intéressant.

Voici une photo de l'arête nord du Moucherotte vue de Grenoble, entre le sommet et les Trois Pucelles.
Cette arête présente un épaulement dont le sommet se situe à 1690 m environ.

Entre ce sommet d'épaulement et les Trois Pucelles, d'énormes tassements du versant est ont entrainé une forte érosion de l'arête, de sorte qu'il n'est pas possible de connaitre la forme originelle exacte de celle-ci .
Mais l'étude de la carte géologique, aussi bien que l'examen sur place, montrent que ces tassements de versant n'ont pas altéré la position du sommet de l'épaulement. On peut donc considerer comme valable la valeur de 1690 m environ.

Ceci, joint à la faiblesse de l'érosion par les eaux météoriques postglaciaires sur cette roche d'Urgonien, fait de ce site un témoin particuliérement fiable
.


4 - Les falaises sommitales urgoniennes du Crêt Oriental surmontent des terrains beaucoup moins résistants à l'érosion,sur lesquels s'inscrivent de nombreuses côtes.
Quelques-unes de celles-ci seulement portent des épaulements, décrits dans le tableau D.
Ces sites témoins sont en général de petites dimensions, signe de leur ancienneté.
Quelques exceptions toutefois, dont le site
D11C, sommet d'épaulement sous le Rocher de Séguret ou encore les deux épaulements D12A et D12B situés un peu plus au sud.

Les deux épaulements (sommets en D12A et D12B).

Au premier plan le ravin de Farnaud.

Photo prise de Berrièves.

 

QUELQUES COMMENTAIRES SUR LES SITES E, F et G


1 - Les stries et les cannelures rissiennes dans des roches calcaires ont été rarement conservées jusqu'à nos jours. Celles du site G1, situées en bordure de la piste col des Pellas - col de Papavet, n'ont été dégagées que récemment par l'ouverture de celle-ci, ce qui explique leur bonne conservation.
Un peu plus loin, un sentier mène, dans un site remarquable sous le Rocher de l'Aigaillette, au ravin du Ruisseau de la Pisse, exutoire des eaux glaciaires rissiennes sur le versant Saint - Michel - les - Portes.

2 - La relative fraîcheur de la ravine E2 dénote une origine rissienne et non plus ancienne. Par extension, nous avons considéré également comme rissiens les autre sites du Château Vert.
3 - Le sommet d'épaulement de l'arête ouest de la Pale F1D fournit la valeur intéressante de 1690 m ; mais, il est très proche du sommet (1734 m) et cette valeur est donc a minima. La Montagne de la Pale était donc sans doute, au pléniglaciaire ou au début de la décrue de la glaciation La Molière, un "jardin" ( sommet affleurant la surface du glacier, par analogie avec le Jardin de Talèfre (Massif du Mont Blanc)).
4 - Le site F5C - qui porte une antenne - se situe sur l'arête Pas du Serpaton - Rocher du Baconnet, c'est-à-dire que l'épaulement est orienté Nord-Sud.
Il dénote donc le passage d'un glacier de l'est vers l'ouest, le sens d'écoulement étant fourni par la dissymétrie des deux versants.

5 - La comparaison des altitudes des sites témoins voisins permet de fixer le point de confluence du glacier du Grand Veymont avec celui du Drac dans la vallée de Gresse sous le Pas de la Ville. Un appareil plus petit occupait le vallon qui descend de ce col.

6 - Le col Le Palais - Château Vert constitue un bel exemple de seuil glaciaire, un seuil de poche, pourrait-on dire, puisqu'il n'est long que de 400 m.
Sa forme n'en est pas moins typique et révélatrice du passage d'un glacier dans le sens est - ouest (ou l'inverse.....).

Le seuil glaciaire Palais (à gauche) - Chateau Vert, vu du Rocher du Baconnet .



QUELQUES COMMENTAIRES SUR LES SITES H et I

Le présence de sillons vallonnés à 1680 m, pratiquement au sommet de la Peyrouse (site H2), laisse penser que ce petit massif a été complètement noyé sous les glaces du pléniglaciaire de la glaciation La Molière, l'altitude de 1730 m que l'on peut en déduire est donc une valeur a minima.
Par conséquent, il nous semble préférable de ne pas prendre en compte les autres sites imputables à cette glaciation (sites H1C, H3A, B et C), car, situés à des altitudes inférieures, ils ont probablement été formés lors de phases de retrait et non au pléniglaciaire.
Au début de la décrue de cette glaciation, la glace a donc affleuré le sommet. Il s'agissait donc, ici aussi, d'un "jardin".

La Peyrouse nous permet une autre observation intéressante, celle de la plus haute ravine de la région:



Voici le petit massif du Conest, au-dessus de La Mure (Isère); à gauche de la photo, le sommet de la Peyrouse (1708 m).
Sous ce sommet, la face sud est rayée par une remarquable ravine rectiligne, haute de quelques 700 m.
À gauche (ouest) et à droite (est) du sommet et une vingtaine de mètres plus bas, deux épaulements portent des sillons vallonnés, d'orientation sensiblement nord-nord-est / sud-sud-ouest, c'est-à-dire parallèles au massif du Conest lui-même.
Voici par exemple les sillons situés à l'ouest du sommet.



Ces épaulements trahissent le passage d'un glacier en provenance du nord-nord-est, à une altitude de l'ordre de 1740 m.
Ainsi que nous venons de le dire, il s'agit là d'une valeur a minima, car le sommet lui-même (1708 m) a pu être quelque peu dépassé au pléniglaciaire. Bien entendu, il ne pouvait s'agir ici que de la glaciation la Molière.
La provenance de ce glacier sera examinée plus loin.

Les eaux qui ont modelé l'épaulement situé à l'est se sont déversées ensuite dans la face sud, où elles ont creusé la ravine.
De la même manière, les eaux qui ont franchi l'épaulement situé à l'ouest ont creusé une autre ravine, non visible sur l'image ci-dessus, mais parfaitement identifiable sur place.